Améliorer l’insertion des travailleurs handicapés

Deux expertes de l’insertion des travailleurs handicapés de Pôle-emploi ont été missionnées en Polynésie du 24 au 29 juin. Objectif : aider le Sefi à améliorer son service en faveur de ces personnes afin de réussir leur insertion durable dans le monde du travail.

Après des concertations tripartites organisées en 2017, des mesures sont prises par le gouvernement afin d’insérer professionnellement les travailleurs handicapés de manière durable.
Première mesure : le Sefi est devenu le seul interlocuteur (auparavant les personnes handicapées devaient faire des démarches auprès du Sefi et de la Direction du travail). Il s’agit désormais de consolider l’accompagnement de proximité des travailleurs handicapés, de mettre en place des formations pour développer les compétences des agents du Sefi, de définir un parcours adapté pour les travailleurs handicapés selon leurs besoins et leurs potentialités ainsi qu’un plan de communication et de sensibilisation de tous les acteurs du domaine.

Grâce au partenariat qui lie le Sefi à Pôle-emploi, deux expertes du domaine de l’insertion des travailleurs handicapés ont été missionnées en Polynésie du 24 au 29 juin dernier, afin de proposer un plan d’actions. Nicole Brejou, adjointe à la directrice des partenariats et de la territorialisation à la direction de Pôle-emploi, responsable du projet national Sarah, et Estelle Charles, directrice territoriale déléguée du département de l’Aisne et chef de projet du dispositif Sarah de son département, ont été reçues par la ministre du Tourisme et du Travail, Nicole Bouteau, et ont rencontré différents acteurs du handicap ainsi que des organisations patronales. 
Des pistes d’actions ont été proposées notamment celle d’accompagner le demandeur d’emploi reconnu travailleur handicapé à chaque étape de son parcours professionnel, jusqu’à son insertion. Chez Pôle-emploi, ce suivi s’est concrétisé par une augmentation de 20 % des embauches de travailleurs handicapés. Ce suivi sera externalisé par le Sefi qui manque de moyens pour l’assurer en interne (la cellule dédiée compte deux personnes). Un travail sera conduit pour améliorer la formation des travailleurs handicapés qui, malheureusement pour la plupart, manquent de qualifications, ce qui freine leur recrutement.

Le Sefi accueille toutes les personnes reconnues travailleurs handicapés, quel que soit le handicap. Marau Brothers, chef de la cellule insertion des travailleurs handicapés, les encourage à venir régulièrement pour faire le point sur leur situation et les orienter vers des employeurs qui font part de leurs besoins au Sefi. D’ailleurs, le Sefi travaille également pour « asseoir sa position en tant qu’interlocuteur privilégié sur ces problèmes », que ce soit pour les travailleurs ou pour les employeurs.
Le projet Sarah : ce « Service d’appui régional à l’apprentissage des personnes en situation de handicap » est destiné à favoriser la réussite du parcours de formation et d’apprentissage dans le cadre de l’insertion.

Les dispositifs en faveur des travailleurs handicapés :
• Le Stage d’insertion pour les travailleurs handicapés (SITH)
Le stage offre la possibilité à des entreprises privées, des associations, des communes et groupements de communes, des services et établissements publics, d’avoir un travailleur handicapé stagiaire au sein de leur structure. Le versement de l’indemnité mensuelle (pour les moins de 30 ans, 80 000 Fcfp brut et pour les 30 ans et plus : 100 000Fcfp brut) et la couverture sociale CPS sont pris en charge par le Sefi. Le stagiaire accède à une expérience professionnelle indemnisée et l’organisme d’accueil peut transmettre un savoir-faire, favoriser l’insertion d’un travailleur handicapé et tester la personne en vue d’une embauche.

• Le Contrat pour travailleur handicapé (CTH)
Le Sefi soutient financièrement les entreprises, certains établissements publics, les associations, les coopératives à embaucher en CDD ou en CDI un travailleur handicapé. Un remboursement trimestriel est proposé pendant deux ans pour une partie du salaire du travailleur handicapé selon sa catégorie Cotorep (de 30 % à 50 %).

« Avoir de l’audace et s’accrocher ! »
Kriss Kaimuko travaille chez Copy-R comme infographiste. Après une dure bataille contre la maladie et contre les préjugés, il est aujourd’hui inséré dans une entreprise et heureux de pouvoir vivre une vie presque normale !

« Je suis infographiste chez Copy-R. Je travaille sur la partie édition, j’essaye d’améliorer les illustrations, je fais la mise en page… J’ai suivi une formation d’artisan bijoutier, j’ai passé un CAP joaillerie et un brevet des métiers d’art au lycée professionnel de Outumaoro. Mais après, je n’ai pas trouvé de travail, je cumulais les petits jobs. J’ai une maladie chronique. L’insuffisance rénale et les dialyses  ont commencé alors que j’étais au lycée. Le traintrain était difficile mais j’étais bien entouré et ma famille m’a soutenu pour que je poursuive mes études malgré la maladie. En 2014, j’ai eu une greffe rénale. C’était une nouvelle vie qui s’offrait à moi et j’ai eu un déclic.

Avec la dialyse, l’emploi du temps est compliqué pour trouver un poste mais là, je pouvais enfin faire quelque chose de mes journées. Je suis allé au Sefi. La conseillère que j’ai rencontrée m’a beaucoup aidé et encouragé. J’ai d’abord eu un STH (ancien SITH) à la CCISM comme agent polyvalent. Ça ne me correspondait pas vraiment… J’ai ensuite suivi une formation PIOP (Préparation à l’insertion et à l’orientation professionnelle) où on se remet en question, on réfléchit à son avenir, à ce qu’on veut faire dans la vie. J’avais trois souhaits : devenir prof de dessin, infographiste ou bien un travail dans le domaine de l’art. Ensuite, j’ai suivi deux stages en infographie et ça m’a plu ! C’était le métier que j’attendais. Grâce au Sefi, j’ai suivi une formation d’infographiste et j’ai passé trois mois en stage chez Copy-R et il m’a gardé en SITH pour me former, dans l’intention de proposer ensuite un contrat à plus longue durée.
La maladie n’est pas une fatalité. On peut se prendre en main et faire de son mieux. Il faut avoir de l’audace et ne pas avoir peur. Il faut que les personnes handicapées aient cette envie, que cela vienne d’elles. Nous sommes capables de faire beaucoup de choses. Il faut s’accrocher et profiter des dispositifs du Sefi qui sont de vrais ponts entre travailleurs et employeurs. Certains employeurs nous étiquettent et c’est dégradant mais il faut se battre et dépasser les préjugés.

Directeur de Copy-R et de la maison d’édition Api Tahiti

« Kriss n’est pas le premier travailleur handicapé qui a un poste dans ma société. J’ai déjà reçu d’autres personnes avec différents handicaps pour des stages. Au départ, Kriss a effectué un stage de deux mois et demi au poste de graphiste. Il me disait vouloir devenir professeur de dessin mais finalement, le graphisme lui a plu, notamment la possibilité de travailler sur des livres et d’en faire les illustrations, et lors de l’entretien de fin de stage avec les conseillères du Sefi et de la Direction du travail, on a décidé de prolonger sur un SITH. Son CV m’intéressait : il avait une expérience du tatouage et de la culture marquisienne, c’était un CV moins conventionnel que ceux que je reçois habituellement. Son handicap n’est pas rentré en ligne de compte, je me suis focalisé sur son profil, ses capacités, son expérience, ses compétences. C’est cela qui est important.

Le SITH me permet de continuer à le tester et à le former. Et aussi de tester le développement d’un nouveau domaine pour l’entreprise. Cette mesure d’aide à l’emploi est intéressante pour les employeurs.
Bien sûr il faut parfois aménager le poste, le concevoir en fonction des limitations de la personne, mais nous sommes financièrement aidés pour ça. Si on accepte les aides financières alors il faut aussi faire un effort. Il faut aussi faire preuve de flexibilité : accepter le télétravail ou les horaires décalés si besoin. Dans ma société, le handicap n’a jamais été un frein pour l’embauche d’une personne mais je peux comprendre les appréhensions de certains employeurs : certains métiers ou postes ne peuvent pas être adaptés. Le handicap psychologique peut aussi être compliqué à gérer. Mais cela dépend aussi de la vision que l’on a de l’entreprise : est-ce seulement une société de profit avec un objectif de croissance ?

Pour moi, l’entreprise n’est pas qu’un lieu de productivité, c’est aussi un lieu de socialisation et de rencontres. Kriss combat la maladie, il est impliqué dans l’association pour promouvoir les dons de greffe ; sa volonté dans sa vie privée, il l’a aussi dans l’entreprise et c’est ce qui compte. Si on propose des postes adaptés et attractifs, avec des conditions intéressantes, les personnes s’y plaisent, aiment leur travail et sont stimulées. Elles se surpassent et la notion de handicap disparaît. »

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