Assurer la continuité entre formation et emploi

LE GOUVERNEMENT DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE S’ATTACHE À GARANTIR UN PARCOURS DE FORMATION ET D’INSERTION EFFICIENT ET DE QUALITÉ EN MISANT SUR LA CONTINUITÉ ENTRE LES ACTEURS DE LA FORMATION ET DE L’EMPLOI.

Depuis 2015, le gouvernement de la Polynésie française s’attache à promouvoir une politique de l’emploi, de l’insertion et de la formation professionnelles active ayant notamment pour objectif général d’instaurer et de renforcer la continuité entre les acteurs de la formation (initiale et professionnelle continue) et de l’emploi. Les objectifs opérationnels de cette politique qui tendent, entre autres, à bâtir des parcours adaptés de formation et d’insertion professionnelles ou encore à créer et mettre en place une véritable plateforme réunissant les acteurs privés et publics du monde de l’emploi, dictent une nécessaire mise en cohérence de l’action publique et privée et le développement de partenariats basés sur un contrat d’objectifs.

Mise en cohérence de l’action publique

La recherche de la cohérence a concerné, au premier chef, les acteurs publics de la formation et a donné lieu à la définition d’un schéma directeur des formations Bac – 3 ans/+ 3 ans (travaux du ministère en charge de l’Éducation) ou à l’instauration du comité de pilotage par apprentissage (voir Honoite n°2).  De même, la réunion sous la tutelle d’un même ministère des principaux opérateurs publics de la formation et de l’insertion professionnelles — à savoir le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (SEFI), le Centre de formation professionnelle des adultes (CFPA) et le Centre des métiers de la mer de la Polynésie française (CMMPF) —, constitue un axe fort dans cette quête de cohérence garante d’une efficience accrue de l’action publique. Si le SEFI s’est spécialisé dans les programmes de remise à niveau et de remobilisation d’un individu et de formations pré-qualifiantes, le CFPA et le CMMPF ont, quant à eux, développé un panel assez large de formations débouchant sur des titres professionnels reconnus, pour la plupart, au niveau national.

La mise en commun des moyens humains et financiers du SEFI, du CFPA et du CMMPF permet la programmation de formations à l’attention des demandeurs d’emploi répondant à l’exigence d’un parcours cohérent, sécurisé et adapté. Déterminé en fonction du profil (niveau scolaire et expérience  professionnelle) et du projet professionnel de l’individu, ce parcours vise à lui faire acquérir tous les outils nécessaires pour une employabilité immédiate et durable en trois phases modulables de formations :

Ainsi, un demandeur d’emploi en grande difficulté d’insertion professionnelle peut bénéficier d’une formation de remise à niveau et pré-qualifiante assurée par le SEFI, et poursuivre son parcours en formation qualifiante au CFPA ou au CMMPF. De même, une formation peut être financée par le SEFI pour les indemnités des stagiaires (voir Honoite n°1) et être assurée grâce aux moyens pédagogiques du CMMPF ou du CFPA. Ce type de mise en oeuvre requiert d’une part, une connaissance précise de la population des demandeurs d’emploi et d’autre part, une analyse des besoins du marché de l’emploi. Ainsi des procédures d’échanges d’informations, relatives au demandeur d’emploi et à son parcours pour un placement adéquat, ont été améliorées et le programme annuel de formations des trois entités publiques est défini de manière concertée.

Pour l’année 2017, il est prévu la mise en oeuvre de près de 200 sessions de formations à l’attention de 2 500 demandeurs d’emploi. Si certains secteurs professionnels font appel aux compétences d’une seule entité (CMMPF pour les formations aux transports maritimes et à la pêche), d’autres secteurs, de par la richesse des métiers, nécessitent l’intervention du SEFI et du CFPA, à des niveaux de formation ou dans des domaines différents.

Pour l’année 2017, le ministère en charge de la Formation professionnelle a décidé de renforcer la mise en oeuvre de formations dans les îles autres que Tahiti. En effet, en 2016, près de 150 personnes ont bénéficié de formations dans les domaines de l’agriculture ou de la création d’entreprise. En 2017, ce sont 32 sessions de formations qui sont programmées au bénéfice de 400 individus, dans les domaines de l’agriculture, de l’hôtellerie- restauration, de l’installation-maintenance et de la gestion d’entreprise.

En 2017, la mise en oeuvre de formations dans les îles autres que Tahiti doit être renforcée.

Le partenariat au service d’une insertion professionnelle efficace et efficiente

La phase de l’insertion professionnelle constitue une étape tout aussi primordiale dans le parcours d’un demandeur d’emploi. Face à l’ampleur de la tâche qu’est la lutte contre le chômage, les actions menées afin de l’endiguer ne peuvent que gagner en efficacité et en efficience moyennant une mutualisation coordonnée des moyens de la Polynésie française et des partenaires intervenant par ailleurs en ce domaine. La Polynésie française a ainsi développé des partenariats nouveaux, notamment avec le syndicat mixte pour la gestion du contrat de ville de l’agglomération de Papeete, avec le Club FACE (fondation agir contre l’exclusion en Polynésie française) ou encore le haut-commissariat de la République en Polynésie française.

Le Contrat de ville 2015-2020 (CDV) de l’agglomération de Papeete fait de l’emploi et du développement économique « les leviers essentiels pour lutter contre la marginalisation des habitants, les dégradations des quartiers et en définitive garantir la cohésion sociale. Les difficultés économiques subies actuellement par les habitants et les freins pour accéder à un emploi pérenne constituent les barrières à lever ». Le SEFI, le CFPA et le syndicat mixte pour la gestion du CDV oeuvrent donc de concert afin d’informer la population concernée (formations, aides à l’emploi) et surtout afin de suivre les personnes inscrites dans un processus de recherche d’emploi, de formation et d’insertion professionnelles. Pour l’année 2017, près d’une centaine de personnes des quartiers prioritaires vont bénéficier de formations de remise à niveau et pré-qualifiantes organisées par le SEFI, tandis que près de 280 personnes vont bénéficier de formations qualifiantes dispensées par le CFPA, auxquelles vont s’ajouter des modules complémentaires. En effet, des qualifications telles que le CACES*, le travail en hauteur, le PSC1**, augmentent les chances d’insertion des titulaires.

Association régie par la loi 1901, la Fondation agir contre l’exclusion, a pour ambition de fédérer et de mobiliser les professionnels d’entreprises autour de projets partenariaux en faveur de la prévention et de la lutte contre l’exclusion, les discriminations et la pauvreté. Le Club FACE Polynésie française réunit en son sein les entreprises et se présente donc comme un partenaire de qualité pour la phase d’insertion professionnelle d’un individu. Les actions peuvent, en effet, s’inscrire dans la définition d’un besoin d’un employeur (recherche du profil souhaité ou mise en place de la formation adéquate) ou apporter au demandeur d’emploi les outils nécessaires à la mise en valeur de ses compétences.
Chaque année, l’État, par le biais du haut-commissariat de la République en Polynésie française, conclut des marchés immobiliers. L’article 91 de l’ordonnance n°2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics rendue applicable aux marchés conclus par l’État en Polynésie française et l’article 167 du décret d’application n°2016-360 du 25 mars 2016 permettent l’insertion dans les marchés publics de clauses imposant aux entreprises soumissionnaires de consacrer une part minimale du nombre d’heures nécessaires à l’exécution du marché public, à la réalisation d’actions d’insertion professionnelle à destination d’un public déterminé. L’intégration de clauses sociales dans la commande publique permet d’une part, de répondre aux exigences réglementaires citées plus haut, et d’autre part, de constituer un levier propice à l’insertion professionnelle de personnes en difficultés sociale
et professionnelle.

Certains secteurs, construction, BTP et installation, font appel aux formations de deux institutions (SEFI et CFPA) tandis que d'autres sont l'apanage de l'une d'entre elles, tel le façonnage au CFPA ou transport et logistique au CMMPF.

La construction des outils de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC)

Depuis novembre 2016, des travaux sont en cours avec le partenariat de l’Agence française du développement, afin de mettre en place une GPEC adaptée au contexte polynésien. La GPEC doit être productrice d’une plusvalue plurielle : le Pays doit renforcer sa capacité d’anticipation des mutations économiques, les entreprises doivent disposer d’une meilleure connaissance des ressources territoriales et de leurs évolutions, et les individus (salariés, demandeurs d’emploi et étudiants) en retirer des outils de sécurisation de leur parcours de formation et d’insertion professionnelle. Une première mission d’évaluation et d’analyse a eu lieu à la fin de l’année 2016 avec pour objectif de permettre aux acteurs publics et socioéconomiques de contribuer à la réflexion autour de la GPEC et d’en définir les modalités de mise en place. La prochaine étape visera, dans un premier temps, à définir une GPEC et construire les outils adéquats dans un secteur prédéfini, à savoir le secteur maritime, puis dans un second temps, de les dupliquer à d’autres secteurs professionnels.

Des exemples de parcours de formation et d'insertion professionnelles

ENGAGÉS DANS UNE DYNAMIQUE D’ACTION COORDONNÉE ET CONCERTÉE, LE SEFI, LE CFPA ET LE CMMPF TRAVAILLENT EN CONCERTATION AFIN DE DÉVELOPPER ET DE RENFORCER LES DISPOSITIFS DE FORMATION EN ALTERNANCE.

Quel est ton parcours ?
« Je suis originaire de Moorea et j’ai 40 ans. J’ai travaillé un an dans une ferme perlière en tant que secrétaire comptable jusqu’à sa fermeture. Cependant,
cela a fait naître en moi l’idée de faire quelque chose par moi-même sur Fakarava, où je vis avec mon mari. »

Pourquoi as-tu suivi la formation Certificat pilote lagonaire (CPL) et Certificat patron lagonaire-pêche et cultures marines (CPLPCM) ?
« C’était suite à la diffusion d’une annonce par la mairie de Fakarava pour bénéficier d’une formation au CPL et au CPLPCM sur place à Fakarava. J’ai vu dans ces formations une opportunité offerte par le Pays, par le biais du SEFI et du CMMPF. »

Tu es titulaire du CPL et CPLPCM, est-ce que cela s’est révélé bénéfique pour toi ?

« Ces deux titres professionnels me permettent d’intervenir dans les domaines du tourisme (CPL) et de la pêche (CPLPCM). Avec le soutien de mon mari, je vais finalement réaliser un de mes rêves. Dès le début du mois d’août 2017, j’inaugurerai mon entreprise, Fakarava Adventure, qui proposera des excursions pique-nique, snorkeling et pêche de type privatif. »

Que penses-tu de la formation dans les îles éloignées ?
« C’est une réelle opportunité : le fait que les formateurs se déplacent pour former les personnes des atolls est une excellente initiative car la plupart ne peuvent se permettre de payer la formation, le déplacement et l’hébergement sur Tahiti. »

As-tu un message à l’attention des jeunes des îles Tuamotu ?
« Cela nous a pris presque une année, à mon mari et à moi-même, pour créer notre entreprise. Cependant tout est possible avec de la volonté, de la persévérance et du soutien. Ne baissez pas les bras à la moindre difficulté, il y a des personnes compétentes pour nous aider à concrétiser nos projets. »

Pour l’année 2017, deux formations ITEM de six mois sont programmées à l’attention de 24 demandeurs d’emploi de l’atoll de Hao. Cette formation aborde divers domaines du bâtiment : le montage de mur en parpaing, la pose des sols (dalles, chapes, carrelage, faïence), la peinture, l’électricité. Il a également été rajouté des modules relatifs à la climatisation et à la pratique de la langue anglaise. Le recrutement des stagiaires s’est effectué sur Hao. Cependant, l’importance du plateau technique nécessite le déplacement des stagiaires de Hao au CFPA de Pirae. Aussi, la Polynésie française, par le biais du SEFI, a pris en charge les frais liés au transport aérien. Au titre de la formation professionnelle, les stagiaires perçoivent des indemnités mensuelles (voir Honoite n°1). Jean-Marie Faehau, 40 ans, marié avec trois enfants, a bénéficié de cette formation.

Quel est ton parcours avant ta venue au CFPA ?

« J’ai toujours vécu sur Hao et exercé plusieurs activités. J’ai un diplôme de menuisier. J’ai travaillé avec l’Équipement à la réfection des routes et à la création de la digue dans le cadre du projet aquacole. »

Quel était ton objectif en venant au CFPA ?

« Contrairement à ce que je croyais, j’ai beaucoup appris, notamment au niveau de l’électricité et de la plomberie. J’ai donc pu me parfaire dans le bâtiment et la finition, et compléter mes acquis de menuisier. Enfin, je veux avoir la possibilité, par mon expérience, d’intégrer le projet aquacole ou créer une entreprise multiservices en mettant en oeuvre mes acquis antérieurs et les nouvelles. Mon fils se forme au lycée en climatisation et froid. En cumulant nos savoirs et expériences, on pourrait créer quelque chose. On y réfléchit ! »

Que penses-tu de la formation ?

« La formation était très intéressante et enrichissante. On nous donne les moyens nécessaires à la réalisation des travaux. C’est formidable de pouvoir se former dans ces conditions. »

Quelle est ton expérience professionnelle ?
« J’ai été agent de sécurité pendant seize ans, à Bora Bora. La société a fermé sa représentation sur l’île suite à la concurrence très rude dans ce secteur d’activité. Je me suis donc retrouvé à devoir chercher un nouvel emploi, et ça a été l’occasion de réfléchir au lancement de ma propre entreprise. »

Pourquoi et comment lancer une entreprise de bûcheronnage-élagage ?
« Avant d’être agent de sécurité, je faisais également de l’élagage aux Tuamotu puis à Bora Bora, j’avais donc une bonne expérience du métier, sans pour autant posséder les fonds nécessaires au lancement de mon activité. J’ai entendu parler de la mesure Insertion par la création ou la reprise d’activité (ICRA), par la CCISM de Papeete qui s’est déplacée à Bora Bora. Ils m’ont aidé à monter mon dossier de demande (projet d’entreprise, tableaux prévisionnels d’activité, besoins en équipements) que j’ai transmis au SEFI, qui l’a examiné en commission et donné son accord. Grâce à l’ICRA, j’ai perçu une indemnité mensuelle pendant un an ainsi qu’une prime au démarrage pour l’achat du matériel nécessaire au lancement de mon entreprise (débroussailleuse, tronçonneuse). J’ai ainsi pu m’équiper pour commencer mon activité. Il m’a fallu un mois et demi pour lancer mon activité. Par la suite, pendant un an, j’ai bénéficié d’un accompagnement du SEFI, par le biais de l’organisme de formation Doceo et la CCISM (par téléphone et par emails). »

Quelles sont les clés du succès de ton entreprise ?

« C’est un secteur concurrentiel, mais le bouche à oreille a très bien fonctionné dans mon cas. Je suppose que c’est la qualité de mon travail qui fait la différence. J’ai aujourd’hui une dizaine de clients réguliers. Pour trouver de nouveaux clients, je fais de la prospection en déposant des propositions de prestation dans des entreprises privées ou publiques de la place, auprès des grands hôtels et de la commune de Bora Bora. »

As-tu des conseils à donner à des jeunes qui veulent créer leur entreprise ?

« J’ai envie de m’adresser aux jeunes de Bora Bora. Il y a encore du travail dans le bûcheronnage et l’élagage. Beaucoup d’entre eux attendent que le travail vienne  à eux. Ce n’est pas une bonne tactique : il faut aller de l’avant. Ils doivent se former : je les encourage à le faire, et à se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise ! »

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