Comment gérer la crise ?

INONDATIONS, ÉPIDÉMIES, CYBER ATTAQUES, CRISE SOCIALE… AUCUN ACTEUR PRIVÉ OU PUBLIC N’EST À L’ABRI DE L’IMPRÉVU QUI METTRAIT EN PÉRIL LA POURSUITE DE SON ACTIVITÉ, QU’ELLE SOIT ADMINISTRATIVE OU PRIVÉE. TAHITI FORMATION ET KARL TEFAATAU, PATRON DE LA DIRECTION GÉNÉRALE DE L’ÉCONOMIE NUMÉRIQUE, ONT INITIÉ DES RENDEZ-VOUS D’UN GENRE NOUVEAU, DÉDIÉS AUX PROFESSIONNELS : LES MATINALES DE LA GESTION DE CRISE.

L’imprévu, personne n’aime ça. Mais beaucoup doivent y faire face, qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Quelques heures ont suffi pour dévaster la côte est en décembre 2015 puis inonder l’agglomération de Papeete en janvier 2017. Dans ce court laps de temps, des familles se sont retrouvées sans logement, des routes ont été coupées et un pont s’est même écroulé sous la force de la rivière. Les services du Pays, de l’État mais
aussi des entreprises privées ont dû réagir rapidement.
Quelques jours avant ces inondations de janvier 2017, plusieurs professionnels étaient réunis pour expérimenter une simulation de cyber attaque. Le projet, appelé Cyberfenua 2017, lancé par les services de l’État, a rassemblé des acteurs privés et publics. Ces derniers devaient faire face à une attaque virale massive dirigée contre les entreprises mais également contre des particuliers en Polynésie française. La simulation a duré trente heures, mais en temps augmenté. « C’était assez intense », reconnaît Karl Tefaatau, directeur de la Direction générale de l’économie numérique (DGEN). Cette expérience suivie de celle, réelle, des inondations lui ont fait prendre conscience d’une vraie carence : le manque de préparation à la crise.

Être mobilisable à n’importe quel moment

Tahiti Formation et le directeur de la DGEN ont donc l’idée de proposer ces « Matinales de gestion de crise ». Peu importe le thème, il s’agit avant de tout de « préparer l’imprévu ». Un club est également créé : le Retex club, pour « Retour d’expérience ». « Ce n’est pas une association mais un réseau de personnes, regroupées pour travailler. Le but est de connaître celles qui peuvent être mobilisables en cas de crise, que ce soit une attaque informatique, une crise sanitaire, climatique, des inondations ou une crise sociale. L’objectif est de réussir à réunir un certain nombre d’entreprises, de la sphère privée et de la sphère publique. »
Les représentants du transport aérien et maritime, les opérationnels qui gèrent les réseaux, les dirigeants et responsables des entreprises, les personnes des télécommunications, la sécurité civile, les banques et les assurances, l’Équipement, les membres du Clusir (club de la sécurité de l’information régionale) auront leur place dans ce regroupement. Ce n’est pas quelque chose de « formalisé » précise Karl Tefaatau mais simplement un cercle dans lequel les professionnels pourront développer une culture commune de la gestion de crise et se fabriquer un réseau de contacts efficace.

Mieux se connaître pour réagir vite
Le Retex club a plusieurs objectifs : « La création d’une culture de la gestion de la crise, qui aujourd’hui n’existe pas, avec des matinales organisées sur différents thèmes tous les trois mois, le partage d’expériences, l’identification de procédures et de solutions pour faire face à des situations de crise et la création d’un réseau de contacts efficace », explique Karl Tefaatau. La première matinale, qui s’est déroulée le 26 avril dernier, est revenue sur l’expérience de Cyberfenua 2017. Mais plus largement, les participants ont pu prendre conscience de l’importance de se connaître et de se faire confiance. Une amorce de ce fameux réseau qui devrait être capable de réagir rapidement face à l’urgence. Personne ne peut dire quelles seront les crises futures mais tout le monde est capable de s’y préparer. Le but du Retex club est de s’y préparer « au mieux ».

Calendrier des rencontres :
• Le 13 septembre 2017 : gestion de crise et facteur humain
• Le 15 novembre 2017 : réseaux sociaux et communication de crise
• Le 17 janvier 2018 : crise des télécommunications

Alexandre CHODZKO, Directeur de Tahiti Formation

“Se préparer à la gestion de crise c’est limiter les dégâts et les pertes !”

Pourquoi est-il nécessaire de se préparer à la gestion de crise ?
« La crise tombe toujours à un moment inattendu et souvent les problèmes s’enquillent aux problèmes, selon la loi de Murphy (Edward A. Murphy Jr, ingénieur aérospatial américain, énonça le premier le principe de cette loi : Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal). Les crises les plus graves, celles qui génèrent les plus gros dommages, sont souvent multiples. Par exemple : une cyber attaque à laquelle s’adjoint un problème climatique… Ce genre de crise laisse des traces dans les patrimoines des entreprises. Se préparer à la gestion de crise, c’est limiter les dégâts et limiter les pertes. Ce n’est pas envisager le pire ou imaginer des scénarios impossibles mais c’est mettre sur la table une pratique qui n’existait pas. »

Pourquoi cette culture de la gestion de crise n’existait-elle pas en Polynésie ?

« Parce que les entreprises étaient très riches et avaient donc des matelas. Le Pays n’avait pas conscience d’être en lien avec les problèmes du reste de la planète. On était dans une bulle hors du temps. Il y avait bien quelques cyclones de temps en temps mais, de manière générale, les pertes subies par les entreprises étaient rapidement recouvertes. »

Qu’est-ce qui a changé pour que la préparation à la gestion de crise devienne nécessaire ?

« Les entreprises pensent aujourd’hui à la sauvegarde de leur patrimoine. La crise qui n’est pas gérée correctement coûte cher. Aujourd’hui, le tissu économique polynésien a moins de ressources qu’avant pour assumer la crise. À cause de la crise mondiale générale qui a touché de plein fouet la Polynésie, les entreprises sont moins riches. Le coût d’une crise pourrait mettre en péril la survie même de l’entreprise. »

Est-ce que l’exercice Cyberfenua, les inondations, ont contribué à une prise de conscience ?

« Le hasard a fait que les inondations sont arrivées quelques heures après l’exercice Cyberfenua. Après la crise virtuelle, nous avons eu une crise réelle. Des choses testées deux jours avant ont pu être mises en oeuvre grâce à cet exercice de gestion de crise. On a clairement vu l’intérêt de la préparation à la gestion de crise. »

Le public et le privé n’ont pas les mêmes priorités dans la gestion de crise, le but des Matinales estil de réussir à les faire travailler ensemble sur le sujet ?

« C’est clairement le but car on a dans le domaine public une vraie habitude de la gestion de crise. Cela fait partie de la mission de service public. Quand il y a eu l’épidémie du zika, des médecins spécialistes de la crise sanitaire ont été envoyés par l’État français en Polynésie pour aider le Pays. Il y a eu 60 Après cette crise, l’épidémie du chikungunya a été mieux gérée et sans ces spécialistes français ; il y avait eu un transfert de compétences entre la France et la Polynésie. Aujourd’hui, l’idée est de faire un transfert de compétences des habitudes de  gestion de crise du public vers le privé. »

D’où l’organisation de ces Matinales de la gestion de crise…

« Après l’exercice Cyberfenua, tout le monde était d’accord pour continuer à faire vivre cette énergie. Cette idée de préparation à la crise est vraiment majeure. Les inondations, juste après, nous ont donné raison. Nous allons également proposer des formations de gestion de crise qui seront générales et dédiées aux entreprises : comment monter un PC de crise, avec quelles personnes, quelles ressources, comment réagir, etc. Les premières sessions devraient être lancées au mois de juin. »

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