Femme ou homme, ils ont choisi leur métier selon leurs envies !

Il est sage-femme, elles sont pompier volontaire et chef d’équipe sécurité à l’hôpital, ingénieure hydraulique et mécanique ou opératrice dans une imprimerie. Il est calme, doux, adore les bébés, elle est heureuse quand elle a une clef et un tournevis en main. Femme ou homme, peu importe, ce n’est pas le sexe qui détermine le métier.

TEXTE LUCIE RABRÉAUD PHOTOS NICOLAS PEREZ TE MATA PHOTO STUDIO

Roweena Teipoarii est chef d’équipe sécurité à l’hôpital de Taaone et pompier volontaire à la caserne de Mahina. Elle est la seule femme à ce poste. Doris Hoang-King est opératrice chez Tahiti Graphics. Elle est aussi la seule femme en Polynésie française à occuper ce poste dans une imprimerie. Rébecca Wong Fat-Derval est responsable des projets hydroélectriques chez EDT ENGIE depuis huit ans et a rejoint les activités de Marama Nui à mi-temps depuis un an. Ingénieure, elle gère les chantiers sur les barrages. Jérôme Courbon est sage-femme à l’hôpital de Taaone. Ils ont en commun d’avoir su dépasser les stéréotypes et, aussi parfois, les commentaires voire les remarques désobligeantes. Mais ils ont aussi souvent suscité l’admiration et la fierté de leur entourage.

Bien sûr, ce n’est pas facile mais aucune voie professionnelle ne l’est. Heureusement, si certains clichés persistent dans la société, d’autres s’effacent peu à peu. Et c’est le cas pour ces métiers que l’on considérait pour les hommes et ces autres pour les femmes. L’accord national interprofessionnel de 2004 relatif à l’égalité professionnelle a permis d’encourager les femmes vers des carrières plutôt masculines et inversement. Selon le journal Le Monde, la proportion de femmes ingénieures a bondi de 3 % en 1982 à 30 % de nos jours. Mais pour les hommes, ce n’est pas si simple de s’orienter vers des métiers plus féminins, notamment le social, la santé, la puériculture… Lutter contre les stéréotypes Pour Françoise Vouillot, maîtresse de conférences en psychologie de l’orientation et présidente de la commission « stéréotype » du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : « L’orientation des jeunes est en partie déterminée ou influencée par les stéréotypes de sexe. Ce sont des représentations très schématiques de catégorie de personne, caractérisées par les comportements des femmes et des hommes. Les stéréotypes de sexe appartiennent au système de genre qui définit les rôles des sexes : ce que doivent faire les femmes et les hommes dans une culture donnée. (…) On va expliquer qu’il est normal que les femmes soient plus nombreuses que les hommes dans les métiers tournant autour de la petite enfance parce que les femmes sont plus douces, plus empathiques, etc. Ce sont des stéréotypes. »

Il faut donc encore se battre contre ces stéréotypes car certaines et certains sont empêchés d’exercer leur profession à cause de représentations. Mais grâce à des personnes comme Roweena, Doris, Rébecca et Jérôme, on comprend qu’il est possible de trouver sa place là où on ne vous attendait pas.

CHEF D’ÉQUIPE SÉCURITÉ AU CHPF ET POMPIER VOLONTAIRE

Roweena Teipoarii est chef d’équipe sécurité à l’hôpital de Taaone et pompier volontaire à la caserne de Mahina. Elle a toujours travaillé dans des milieux d’hommes.
“Nos collègues nous voient d’abord comme des pompiers avant de nous voir comme des femmes.”

« J’ai commencé à travailler au Centre hospitalier de la Polynésie française comme agent de sécurité SSIAP1 (Service sécurité incendie et d’assistance à la personne) et j’ai ensuite passé mon diplôme SSIAP 2 pour devenir chef d’équipe sécurité incendie. Depuis le mois de juin 2016, je gère une équipe de cinq agents, H24 et 7 jours/7. Parmi les neuf chefs d’équipe sécurité de l’hôpital, je suis la seule femme ! J’ai toujours travaillé entourée d’hommes, même avant d’arriver à l’hôpital. J’ai donc l’habitude de me faire respecter et je les respecte aussi.

Dans le domaine professionnel, il y a des hauts et des bas mais j’essaye d’être une bonne chef ! Mes collègues, le personnel et la direction me soutiennent beaucoup. L’hôpital n’est pas un établissement comme un autre, on estime le passage par jour à 2 900 personnes environ. On fait des services de 12 heures et nous sommes dans l’obligation de suivre des formations et des exercices pour maintenir un niveau opérationnel optimal.

Ce que j’aime dans la sécurité, c’est le terrain, le contact avec le public. Je ne suis pas figée sur un travail mais toujours sur l’ensemble. Il faut suivre les évolutions réglementaires pour rester à jour sur ces modifications. Ça me motive. J’ai toujours travaillé dans le domaine de la sécurité. Après mon Bac, j’ai passé le concours d’entrée dans le corps de l’armée de terre et je suis partie en France. J’avais choisi la spécialité déminage. Mais j’ai dû revenir rapidement sur Tahiti pour des raisons personnelles. Après, je suis rentrée à Tahiti Vigiles où j’ai travaillé comme vigile puis à la direction où je m’occupais du planning. Ensuite, j’ai intégré une entreprise privée de protection incendie (FEPI) qui organisait des formations et vendait du matériel de protection incendie. Enfin, je suis arrivée à l’hôpital. Jamais personne ne m’a découragée en me disant que les métiers de la sécurité étaient faits pour les hommes et pas pour les femmes.

Un de mes objectifs est de continuer à évoluer et je dois passer le niveau 3 du SSIAP en France pour devenir chef de service de sécurité incendie. J’aurai alors un service entier sous ma responsabilité avec une cinquantaine d’agents à gérer.

Je suis aussi pompier volontaire à la caserne de Mahina. Nous sommes cinq femmes pour un effectif de quarante personnes et ça se passe bien ! Nos collègues nous voient d’abord comme des pompiers avant de nous voir comme des femmes. Nous sommes très complémentaires. Que ce soit des métiers dans la sécurité ou celui de pompier, ils sont aussi faits pour les femmes ! Je suis fière d’occuper ces postes en tant que femme. »

OPÉRATRICE DANS UNE IMPRIMERIE
Doris Hoang-King est opératrice chez Tahiti Graphics. C’est la seule femme en Polynésie française à occuper ce poste dans une imprimerie.
“Je vois une clef et un tournevis et ça y est, je suis heureuse !”

« Je suis dans l’impression, c’est-à-dire : offsettiste. Je cale des plaques sur des machines, je charge le papier… Je fais partie de l’équipe d’imprimeurs de Tahiti Graphics. Je gère plusieurs machines. Je suis la seule femme de l’équipe ! On s’entend tous très bien. Ils se moquent parfois de moi car je suis petite par rapport aux machines mais ça ne me pose pas de problème, je grimpe sur la machine et je la fais démarrer !

Cela fait désormais dix-huit ans que je fais ce métier. C’est une copine qui m’avait parlé d’un poste à l’imprimerie. J’ai commencé à la partie façonnage, aux finitions, où je suis restée pendant deux ans. J’ai remarqué le patron et les garçons sur les machines et moi, j’adore bricoler, je suis très manuelle, je répare tout à la maison, l’électricité, les machines à laver… Je suis donc allée voir le patron et je lui ai dit que je voulais suivre une formation pour travailler sur les machines. Il m’a dit : “T’es sûre ?” Il était étonné. Mais je voulais essayer.

Pendant trois semaines, j’ai suivi une formation et ensuite on m’a laissé sur une machine. Quand le patron m’a vu faire, il a vu que j’étais à l’aise et que je me débrouillais bien. J’adore visser, dévisser les boulons, charger le papier, caler les plaques… Je bouge ! J’adore toucher, bricoler. Je vois une clef et un tournevis et ça y est, je suis heureuse ! J’arrive toujours à régler les problèmes, je relis mes vieux cahiers
parfois, mais maintenant ça va vite. C’est aussi un peu dangereux, il y a des gros cylindres, il faut faire attention. Les femmes sont très minutieuses, c’est une qualité appréciée en tant qu’opératrice en imprimerie.

Jamais on ne m’a découragée de faire ce métier parce que je suis une femme. Au contraire ! L’équipe trouve ça super, ça les fait rire. Un jour, nous avons reçu une nouvelle machine et des techniciens de Nouvelle-Zélande sont venus l’installer. C’est moi qui devais travailler sur cette machine. Quand ils m’ont vue, ils étaient très étonnés. En Nouvelle-Zélande, il n’y a pas de femmes sur les machines. Ils étaient contents de me voir faire.

Je suis la seule femme de la Polynésie à être opératrice en imprimerie. Le patron et l’équipe sont fiers de moi. Je suis contente. Il n’y a pas plus de difficultés pour moi que pour un homme. J’ai une filleule qui aime bricoler, j’aimerais bien la former sur ces machines. Allez les femmes ! Pourquoi ne pas faire de la mécanique ? Aucun métier dans l’imprimerie n’est réservé aux hommes et d’autres aux femmes.

INGÉNIEURE EN HYDRAULIQUE ET MÉCANIQUE

Rébecca Wong Fat-Derval est responsable des projets hydroélectriques chez EDT ENGIE et a rejoint les activités de Marama Nui à mi-temps. Elle gère des chantiers sur les barrages et doit donc diriger des équipes masculines.
“La première fois que les hommes m’ont vu arriver sur le chantier, ils ont été très surpris.”

« J’ai passé mon Bac S à Tahiti et je suis partie cinq ans en métropole où j’ai suivi une classe préparatoire puis intégré une école d’ingénieur en hydraulique et mécanique avec une spécialité eau, ressources et aménagements. J’ai commencé à travailler à la Sedep, le bureau d’étude fondateur des barrages Marama Nui, puis j’ai obtenu un poste en hydroélectricité chez EDT Engie. Concrètement, je suis en soutien technique. Il y a des surveillants de chantier et moi je passe derrière pour contrôler que tout soit bien et conforme aux normes. Lorsqu’on est face à des imprévus ou des aléas, j’apporte mes compétences.

En 2016-2017, j’ai dû gérer de A à Z le chantier d’une nouvelle turbine installée sur la centrale Papenoo 1, des études à la mise en service de la machine en passant par les travaux. J’ai organisé les équipes, le terrassement, le génie civil. La première fois que les hommes m’ont vu arriver sur le chantier, ils ont été très surpris. Mon poste est généralement occupé par des hommes. Je n’ai encore jamais rencontré de femmes à ce travail ! Mais ça se passe toujours très bien. Quand c’est moi qui parle, les hommes ne veulent pas rentrer en conflit, ils écoutent et sont plutôt conciliants.

En tant que femme, j’ai sans doute une manière différente d’aborder les sujets. Je suis pourtant toute menue mais j’arrive à m’imposer ! J’ai toujours été dans le respect également. Je sais que ce sont de bons spécialistes et je les écoute attentivement. Nous sommes dans le donnant-donnant et le respect mutuel. Quand je vois maintenant ma machine tourner, on est opérationnel, on répond aux critères, c’est une grande fierté. Quand je voulais suivre la filière ingénieur, mes parents m’ont toujours poussé mais en terminale lorsque j’ai rencontré le conseiller d’orientation, il m’avait répondu que ce n’était pas un métier compatible pour une femme avec sa vie de mère… Ça m’avait choquée mais je savais ce que je voulais faire donc je n’ai pas tenu compte de ce qu’il m’a dit. Et aujourd’hui, j’arrive à concilier les deux puisque j’ai une vie de famille ! Ce n’est pas facile mais on s’adapte !

Je suis très fière de faire ce travail. Dans ces domaines très techniques, on y arrive aussi bien qu’un homme et on a des choses à apporter en tant que femme : une autre vision, une rigueur. Chez ENGIE, nous avons un sacré exemple à suivre puisque notre directeur général est une femme (il s’agit d’Isabelle Kocher, NDLR). Et elle a cinq enfants ! »

SAGE-FEMME

Cela fait onze ans que Jérôme est sage femme. Il travaille à l’hôpital de Taaone avec une équipe essentiellement féminine dans un univers particulièrement féminin !
“J’étais le seul homme de toute l’école pendant mes quatre années d’études !”

« J’ai fait une première et une terminale STL (sciences techniques de laboratoire), je m’intéressais beaucoup à tout ce qui était biologie humaine et je voulais me diriger vers un métier médical. Les métiers d’infirmier et de sage-femme m’intéressaient. Je ne voulais pas me lancer dans des études de médecine, je trouvais ça trop long et compliqué. Je voulais faire un métier où il y a beaucoup de bonheur ! J’idéalisais un peu la profession…
Pour moi, le métier de sage femme était synonyme de bébés, de femmes enceintes, de l’arrivée du bonheur dans une famille. Mais bien sûr le métier, ce n’est pas que ça, je l’ai rapidement compris. Sage-femme n’est pas un métier comme un autre et l’idée de sortir des sentiers battus ne me faisait pas peur, au contraire, ça me plaisait !

À l’école de sage-femme de Tahiti, nous n’étions pas beaucoup dans la promo et j’étais le seul homme de toute l’école pendant mes quatre années d’études !
Par la suite, d’autres hommes sont arrivés. Je n’ai jamais eu d’appréhension et mes proches ne m’ont jamais fait de commentaires sur mon choix. J’ai toujours été encouragé. Par contre, quand je rencontre de nouvelles personnes, elles sont toujours étonnées de mon travail. Les mêmes questions reviennent : « Pour un homme aussi, on dit sage-femme ? » ou « Les hommes aussi peuvent faire ce métier ? ». Mais le mot sage-femme on ne doit pas le comprendre comme une femme sage mais plutôt comme des personnes sages qui s’occupent des femmes. Ce qui est différent !

Je travaille à l’hôpital depuis mes études en 2003. Cela fait onze ans désormais que je suis sage-femme. J’ai été très bien accueilli dans les équipes de femmes : elles sont généralement contentes de voir un homme arriver car c’est un univers extrêmement féminin. Ça les change ! Certaines patientes ont une petite appréhension en me voyant et finalement, grâce à mon attitude professionnelle, elles me font confiance. Certaines refusent absolument que je les soigne. Elles sont très gênées. S’il y a un refus catégorique, je change avec une collègue.

À certains moments, être un homme peut être un avantage. J’ai pu remarquer que certaines femmes semblaient plus enclines à m’écouter. Sur l’ensemble de l’hôpital, nous sommes une quarantaine de sages-femmes dont cinq ou six hommes. Je pense qu’il n’y a pas de métiers d’hommes ou de métiers de femmes. J’ai toujours évolué dans un univers féminin et je suis très content. Je m’entends très bien avec toutes ces femmes qui m’entourent ! »

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