Football : Devenir arbitre avec la FIFA

Depuis de nombreuses années, des instructeurs de la Fédération internationale de football (Fifa) viennent régulièrement en Polynésie  française former les licenciés de la Fédération tahitienne de foot (FTF). Une occasion de professionnaliser le secteur et aussi, pour les passionnés, de saisir leur chance.

TEXTE & PHOTOS LUCIE RABRÉAUD

Les ouvertures professionnelles se trouvent parfois dans le monde associatif
ou sportif. Les footballeurs de la Polynésie française en savent quelque chose. Des instructeurs de la Fifa viennent depuis plusieurs années assurer des formations de haut niveau sur le fenua, professionnalisant le monde du football et offrant aussi des opportunités aux Polynésiennes et Polynésiens motivés.

Un séminaire d’arbitrage de beach soccer s’est déroulé au mois de juin dernier. La formation ouverte aux licenciés de la Fédération tahitienne de football a permis à ces arbitres amateurs de se perfectionner dans cet art. Ils devront ensuite assurer sur le terrain, arbitrer plusieurs matches et peut-être réussir à se faire remarquer par la Fifa. « Pendant leur pratique sur le terrain, ils sont évalués par des instructeurs Fifa et c’est lors de ces matches que l’instance repère les meilleurs », explique Moeama Mu-Greig, directrice générale de la FTF.

Ces personnes peuvent ensuite être appelées à officier sur des matches de niveau national ou international. Un parcours d’excellence exemplairement illustré par Norbert Hauata. Ce Polynésien originaire de Moorea a été contacté pour arbitrer à la Coupe du monde de football 2018. Et des possibilités existent aussi pour l’entraînement et l’encadrement. « Il y a du travail dans le football », assure la directrice générale de la FTF. En comptant 13 000 licenciés, c’est la fédération sportive la plus importante de Polynésie française. « Le football est une passion qui se transmet de génération en génération. Le père Bennett était un grand du football et tous les enfants sont aussi dans le football ! Il y a plusieurs exemples comme ça. » Alors si vous êtes passionnés, foncez !

Quel a été le programme des participants au séminaire d’arbitrage ?
Ce séminaire d’arbitrage de beach soccer dure cinq jours pendant lesquels on fait de la théorie, de la pratique et des exercices. Il y a également des tests physiques. On couvre tout le panel de ce que doit savoir un arbitre. Ce séminaire a eu lieu en même temps que le championnat national de beach soccer et les stagiaires ont donc pu mettre en pratique leur formation en arbitrant des matches du championnat.

Quels sont les objectifs de ce séminaire ?

Les objectifs sont de développer le beach soccer et l’arbitrage. Les participants sont tous licenciés à la Fédération tahitienne de football et tous des passionnés de ce sport. Aujourd’hui, des jeunes, des femmes et des hommes, développent un intérêt pour l’arbitrage. L’idée est aussi de développer le beach soccer dans leurs îles : des stagiaires de Huahine, Rangiroa et Takaroa ont participé à ce séminaire.

L’arbitrage en beach soccer présente-t-il des particularités importantes ?

Oui, c’est complètement différent des autres disciplines du football. Le beach soccer à Tahiti, c’est presque une religion quand on voit le parcours de l’équipe nationale depuis cinq ans. Ce sport a beaucoup évolué et il y a une forte demande, dans les îles et à Tahiti. C’est la raison pour laquelle la FTF organise des séminaires réguliers pour pro- mouvoir l’arbitrage tahitien. Il y a de plus en plus de matches, il y a donc un be- soin d’arbitres. Et deux gros championnats ont organisés : celui des îles et le national.

Peuvent-ils évoluer au niveau de l’arbitrage après cette première formation ?

L’année dernière, après le séminaire, un ar- bitre a été proposé au niveau de la Fifa car il avait les compétences, et j’espère qu’il va être désigné très rapidement sur les matches internationaux. Il y a du potentiel dans le football pour trouver un emploi ? En métropole c’est plus facile, dans les îles c’est plus compliqué, mais pourquoi pas ! Il y a beaucoup de gens qui aiment le sport.

Êtes-vous content de vos stagiaires
?

J’ai été agréablement surpris car il y a des joueurs et des joueuses qui sont venus à la formation arbitre alors que ce n’est pas du tout leur domaine ! Ils ont arbitré leur premier match pendant ce championnat et c’était très encourageant. Lors du débriefing, je leur ai dit que j’étais satisfait de leur travail et même surpris pour une première. Pour arbitrer un match, des années de pratique sont nécessaires. Et même avec cette expérience, il y a toujours des erreurs, cela fait partie du jeu

« Je participe à cette formation pour promouvoir le beach soccer à Rangiroa. Il y a déjà des équipes qui jouent mais nous n’avons pas d’arbitres. C’est une première pour quatre arbitres de football de Rangiroa, dont moi, de venir sur cette formation. On espère ainsi commencer des championnats sur notre île. C’est un sport qui marche bien là-bas !

C’est difficile de devenir un bon arbitre mais l’important est d’être sur le terrain en permanence. Par moment, les situations sont compliquées sur le jeu mais nous sommes quand même quatre arbitres pendant un match, trois sur le terrain et un à la table, c’est donc un travail d’équipe. Pour être un bon arbitre, il faut avoir des qualités physiques, il faut être ferme et savoir faire la part des choses. Suivre cette formation à Tahiti était une bonne expérience ! Ça nous permet de faire des rencontres. »

Directrice générale de la fédération tahitienne de football

À quoi servent les formations Fifa organisées avec la Fédération tahitienne de football ?
Les formations Fifa viennent professionnaliser les arbitres et les encadrants du football et les informer des modifications des règlements de jeu. Elles sont ouvertes à tous les licenciés de la FTF. Cette année, sept formations étaient planifiées : sur l’arbitrage, le coaching, une formation « grassroots » où on forme des personnes pour s’occuper des catégories jeunes, et sur la direction de clubs. Cela fait plusieurs années que la Fifa assure des formations pour la FTF. Désormais, nous avons cinq arbitres Fifa. C’est une grande fierté pour nous ! Les formations Fifa apportent beaucoup de compétences : sur le coaching, l’arbitrage. Elles permettent de professionnaliser le football et de rayonner sur l’Océanie.

Le football apporte des compétences pour la vie professionnelle ?

Lorsque la Fifa, l’OFC ( Oceania Football Confederation ) ou la FFF (Fédération Française de Football ) organisent des séminaires, tout est pris en charge. On peut se former gratuitement. Cela permet d’augmenter ses compétences. Personnellement, j’étais enseignante de métier et je présidais un district de football à Raiatea. Un jour, j’ai été inspectée et tout s’est bien passé. Pendant l’entretien, l’inspecteur a su que je m’occupais d’un district de football et il m’a rajouté des points par rapport à ça. Cela montrait mon engagement auprès des jeunes pour l’éducation. 

Est-ce qu’il y a des opportunités dans ce secteur ?
Il y a du travail dans le football. Les grands clubs de Tahiti rémunèrent les éducateurs. Tu es un bon entraîneur : on te paye. L’arbitrage aussi permet à notre jeunesse d’accéder à un haut niveau. Norbert Hauata, qui a été appelé pour arbitrer la Coupe du monde de football en Russie, est partie du bas : il a commencé à arbitrer des matches à Moorea, il a suivi des formations Fifa, des forums dans l’Océanie, et aujourd’hui il arbitre les plus grands matches. Mais c’est beaucoup d’efforts : l’alimentation, la préparation physique, ton image… Tu dois montrer l’exemple. Le football, ce n’est pas facile. Tu es sur le terrain 7 jours sur 7. Il faut être motivé ! Après, ça ne tient qu’à la personne de percer. Il n’y a pas de secret : tu travailles, tu réussis.

« Je voulais développer le beach soccer dans mon île, à Huahine. Chez nous, il y a beaucoup de sable, c’est le sport idéal ! Il y a des demandes d’arbitres. Pour l’instant, on est en train d’organiser des matches de beach soccer, il nous faut donc des arbitres. J’arbitre déjà le football à 11 et le futsal.
La formation est vraiment intéressante et, en plus, c’est une formation Fifa, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir y participer. Il faut être correct, bien habillé, donner l’exemple aux joueurs. Il faut toujours s’adapter aux situations sur le jeu. Il faut rester neutre. Dans les îles, on connaît tout le monde mais il faut rester droit. Il faut faire la part des choses. Je ne pense pas aller plus loin dans les formations. L’arbitrage reste un loisir et le football un sport qui permet de se détendre, de se défouler. »

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