Hirohiti : Chercheur, docteur et musicien !

Hirohiti Raapoto a remporté la première édition du concours « Ma thèse en 180 secondes », organisé par l’université de Polynésie française au début du mois de mars. Docteur en océanographie, son intérêt pour la recherche est arrivé par hasard… grâce à la pluie ! 

Hirohiti raapoto ne se voyait pas faire de longues études. au moment du choix pour le Bac, il annonce à sa famille qu’il suivrait bien la filière sciences et technologies tertiaires (devenue aujourd’hui management et gestion de la voie technologique) pour rapidement entrer sur le marché du travail et avoir du temps à consacrer à sa passion : la musique. mais ses parents le persuadent du contraire et le poussent vers la filière scientifique, puis l’université. après une licence en physique-chimie, il commence un master en éducation en sciences physique et chimie qu’il ne terminera jamais. « Dans un module, nous devions présenter des articles scientifiques. Je suis tombé sur un article qui m’a beaucoup plus, il s’agissait de mesurer la quantité de pluie en utilisant un hydrophone. L’article expliquait que chaque goutte a un bruit différent et les chercheurs espéraient, grâce au son de ces gouttes, déterminer la quantité de pluie. Cela a changé ma vision de la recherche. » Il réalise toutes les possibilités qui existent derrière cette discipline, et ses applications aux travaux des scientifiques. devenir chercheur ? Pourquoi pas…

Des gouttes d’eau à l’océan
Il change alors de filière et se lance dans un master météo et océanographie qu’il suit en métropole. Il choisit la météo car il pense faire des recherches du côté de l’atmosphère, se souvenant de cet article passionnant sur la pluie. mais il découvre l’océanographie, un monde totalement nouveau pour lui, qui devient finalement son domaine de prédilection. « En Polynésie, nous sommes entourés d’eau, il y a donc un terrain de jeu particulièrement intéressant.

Et il existe peu de connaissances en océanographie en Polynésie française, il y a donc beaucoup de travail à faire. » Pendant ces stages en laboratoire, il se passionne pour les méthodes de recherche. Ici pas d’éprouvette, de béchers, de ballons ou de pipettes, mais de puissants ordinateurs. « J’ai tellement aimé mes stages qu’une fois à la maison, je continuais à travailler. Il fallait être polyvalent car c’était un mix entre l’informatique, la biologie et la physique. » La première année, il travaille sur el niño à l’aide de mesures satellites, et la deuxième sur un programme de modélisation pour déterminer le parcours des juvéniles des tortues luths. Deux sujets qui l’animent.

Une recherche doctorale sur la Polynésie
Quand il décide de se lancer dans un doctorat, il veut un sujet sur la Polynésie française. C’est une chercheuse de l’Ird, Élodie martinez, qui le contacte pour lui proposer d’étudier l’effet d’îles* aux marquises. Le sujet est déposé et un calendrier fixé sur trois années. grâce à un modèle numérique et des données scientifiques, Hirohiti va déterminer pourquoi les marquises sont si riches en phytoplanctons. C’est cette thèse, pour laquelle il a obtenu son doctorat en septembre 2018, qu’il a présentée au concours « Ma thèse en 180 secondes ».

« Si je vous dis les Marquises, à quoi pensez-vous ? Commence-t-il devant le public réuni à l’université. J’imagine que vous pensez au tatouage, au haka, à la danse de l’oiseau, à Jacques Brel, Paul Gauguin… Mais les Marquises, ce n’est pas que ça. Savez-vous que l’archipel est particulièrement riche en grands poissons pélagiques ? Le secret de cette richesse : il y a beaucoup de nourriture pour les poissons, beaucoup de phytoplanctons. » Il va ensuite détailler toute son étude dont la particularité est qu’il n’a jamais mis les pieds aux marquises ! Tout se fait grâce à des modèles numériques dont les résultats sont validés par des données satellites. un travail particulier qui pourrait avoir des applications dans la pêche, à condition que l’étude qu’il a amorcée soit poursuivie.

Vulgariser pour partager

Quand il s’est inscrit au concours « Ma thèse en 180 secondes », dont il avait vaguement entendu parler, il a commencé par le regretter ! « J’ai regardé des vidéos et j’ai vu que c’était très théâtral. Moi qui suis plutôt réservé, je ne me voyais pas faire ça. » et puis il se prend au jeu. « Je me suis dit que pour accrocher le public, je devais d’abord parler des eaux riches en poissons des Marquises et puis, de là, tout le reste a découlé. C’est un concours sympa car on partage notre travail de recherche avec le grand public. Il faut réussir à vulgariser sa thèse. »
Hirohiti a finalement obtenu le premier prix et a participé à la demi-finale du concours à Paris. aujourd’hui, il travaille à l’université comme post-doctorant sur la dérive des dCP (dispositif de concentration de poissons) étrangers. L’idée étant de modéliser leur déplacement et de pouvoir protéger la ressource marine de la zone économique exclusive de la Polynésie française. devenu docteur, Hirohiti est également batteur (avec le groupe Heroes and minivans) ! « La musique reste une nécessité dans ma vie, elle me permet de m’évader. »

*Études des processus physiques à l’origine des efflorescenses phytoplanctoniques.

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