La formation comme accès à la qualification et à l’insertion

Cela a été établi de longue date : si la formation n’est pas une garantie absolue contre le chômage, c’est en revanche la meilleure arme pour s’insérer. Et sur ce point, la Polynésie ne fait pas exception même si le pays a à relever des défis spécifiques à son territoire.

PHOTOS CETAD DE FAAROA ET HAO

Les résultats sont les mêmes, que ce soit en Polynésie française ou en métropole : statistiquement, la probabilité d’être demandeur d’emploi diminue avec l’élévation du niveau de formation. Ce mécanisme opère parfois au prix d’une certaine déqualification, d’un certain déclassement. Autrement dit, un titulaire d’un diplôme de niveau II (licence) sera peutêtre amené à accepter d’occuper un emploi du niveau III (bac + 2) voire IV (bac), mais il trouvera plus facilement à s’insérer que s’il était détenteur d’un diplôme de niveau moins élevé. Ceci est une règle statistique, ce qui signifie qu’il y a bien sûr des exceptions. Le titulaire d’un CAP dans le bâtiment ou dans l’alimentation trouvera certainement un emploi dans son secteur d’activité plus rapidement qu’un juriste ou un comptable par exemple, domaine où les emplois existent mais proportionnellement en nombre moindre que les diplômés du secteur. À ce niveau individuel, « micro » pourrait-on dire, il en retourne de situations individuelles qui n’invalident en rien le constat « macro ».

Parmi les nombreux défis qui se posent à la Polynésie française, figure notamment l’éclatement géographique dans un contexte archipélagique qui corse considérablement le sujet.
Outre la dimension logistique et financière qui parle d’elle-même pour qui connaît le territoire, se pose la question du départ de leur île des jeunes des archipels éloignés. C’est aussi bien un déchirement qu’une source d’inquiétude pour les parents, et un motif parfois d’angoisse pour les jeunes eux-mêmes.

Préparation en cuisine, section CPAP petite et moyenne hôtellerie du Collège Cetad de Faaroa à Raiatea.

À la rupture d’avec le milieu familial à l’âge d’à peine 15 ans, s’ajoute la découverte de la grande ville, de ses règles, de ses codes et du mode de vie à Tahiti, où sont implantés l’essentiel des lycées, si différents de ceux des archipels éloignés. En plus, le départ du cocon familial est synonyme d’internat et donc de vacuité durant les weekends et petits congés scolaires, générateurs d’ennui ou porte ouverte à des loisirs ou activités nouvelles, mais aussi à des tentations qui ne sont pas de nature à rassurer les parents.

L’obligation d’avoir un « correspondant » local, exigence naturelle d’un établissement de formation à l’égard d’un mineur dont il a la responsabilité, rend ce départ de la cellule parentale encore plus délicat, et semble poser de plus en plus de problèmes.

Pour l’ensemble de ces raisons, il a été décidé en 2015 d’adopter la réforme du collège, décision lourde de conséquences. En septembre de cette même année, il y avait 260 jeunes élèves inscrits en première année du CAPD, tous orientés à l’issue d’une classe de 5e. Ce Certificat d’Aptitude Professionnelle au Développement était préparé en 3 ans, années au cours desquelles près de 400 jeunes quittaient le Centre d’Éducation aux Technologies Adaptées au Développement (CETAD) sans solution, des « décrocheurs » donc, et très jeunes pour la plupart.

L’adoption de la réforme du collège a eu pour conséquence de fermer le palier de la 5e dès la rentrée scolaire 2016, avec obligation pour le collège de garder et de mener jusqu’en 3e la totalité des enfants qui ont commencé leur scolarité secondaire.

CPAP petite et moyenne hôtellerie du Collège Cetad de Faaroa à Raiatea

Mais les CETAD ayant une pertinence certaine par rapport aux caractéristiques du territoire, ont simultanément été implantés des CPAP, Certificats Polynésiens d’Aptitude Professionnelle. Ce diplôme territorial fraîchement créé par une commission composée de professionnels, d’experts, d’enseignants, de représentants du personnel, etc., est accessible en 2 ans après la 3e uniquement et comprend 4 spécialités : Petite et Moyenne Hôtellerie (PMH), Polyvalent du Bâtiment (PB), Gestion et Exploitation en Milieu Marin (GEMM) et Exploitation Polynésienne Horticole et Rurale (EPHR). Ils ont en commun une certaine polyvalence. Il s’agit par exemple d’acquérir des compétences dans les domaines de la cuisine, du service en restaurant, de l’hébergement et de l’animation touristique (PMH) ou dans les différents champs professionnels du bâtiment : maçonnerie, charpente bois, électricité domestique et installations sanitaires (PB), de la pêche côtière, de l’aquaculture, mais aussi dans l’accompagnement d’une activité touristique et l’entretien d’un bateau (motorisation et coques) (GEMM). Et enfin pour la dernière spécialité (EPHR), les compétences s’inscrivent dans le domaine des productions maraîchères, horticoles et vivrières mais aussi dans la maintenance des matériels et la réalisation de petits travaux de serrurerie et de maçonnerie. L’esprit fondateur des CETAD a été préservé, à savoir la délivrance d’une qualification polyvalente, meilleur atout pour une insertion sur place. En effet, l’idée d’implanter des diplômes nationaux de type CAP ou baccalauréat professionnel n’a pas été retenue car répondant à une logique de niche, condamnée à saturer le marché de l’emploi local dès la première promotion de diplômés.

Ces diplômes entièrement rénovés et conçus à l’identique des CAP, à savoir mêmes horaires d’enseignement général, et même nombre d’heures dans les enseignements technologiques et professionnels, présentent un avantage décisif : ils sont en cours de reconnaissance par l’État. Cela signifie qu’ils vont être inscrits au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) mais aussi et surtout qu’ils vont permettre les mêmes poursuites d’études qu’un CAP. Autrement dit, ils ouvrent la possibilité au titulaire d’un CPAP d’être candidat à une classe de première professionnelle dans une spécialité congruente avec le CPAP bien sûr, et donc de préparer un baccalauréat professionnel en deux ans après le CPAP. Les équipements des CETAD, la formation des enseignants et leur recrutement ont été revus en conséquence.

CPAP polyvalent du bâtiment du Collège Cetad de Faaroa à Raiatea.

Ainsi, plusieurs objectifs ont été atteints simultanément. Permettre à des jeunes mal assurés dans leur scolarité de trouver une formation dont le contenu les motive et où la pédagogie en cours, de type déductif et davantage empirique, contribue à les remettre en confiance face aux apprentissages. Différer le choix définitif d’une spécialité si le jeune manque de maturité vocationnelle en lui permettant de ne choisir une spécialité fine que 2 ans après la 3e. Cela permet enfin et surtout, de pallier les inconvénients liés à la séparation d’avec le milieu familial et ceux du déracinement, vécu dans la douleur dans un nombre non négligeable de cas.
Le pari a consisté en dernière analyse à offrir sur place aux jeunes des archipels éloignés une formation de qualité, digne de celle délivrée dans un lycée professionnel et tout aussi digne de la qualité d’un CAP national. Les premiers CPAP, présentés par les lycéens des CETAD de Ua Pou, Nuku Hiva et Faaroa, ont été délivrés en juillet 2018. Et à en juger par les ambitions déclarées de certains des lauréats comme de leurs suiveurs, ces jeunes voient loin. Il n’est pas rare de les entendre déclarer qu’à l’entrée en CETAD, ils visent en fait l’obtention d’un bac pro et, pour une partie d’entre eux, un BTS. Seul l’avenir nous dira si ce pari a été gagnant, mais les premiers effets sur le maintien de plus de jeunes en scolarisation et tout autant qui parviennent à la qualification portent à un optimisme modéré mais fondé.

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