La langue des signes française

PARMI LES NOUVEAUTÉS DE L’ANNÉE, LE GREPFOC A DÉMARRÉ UNE FORMATION POUR APPRENDRE LA LANGUE DES SIGNES FRANÇAISE. CETTE LANGUE SIGNÉE PERMET DE COMMUNIQUER AVEC LES PERSONNES SOURDES OU MALENTENDANTES.

Cette première formation sur la langue des signes française est inédite. Le Grepfoc avait depuis longtemps envie de proposer cet apprentissage mais ne trouvait pas de formateur. Yves Somaini, interprète LSF, est arrivé au fenua en septembre 2016. Nadine Morel, coordinatrice de l’atelier pédagogique individualisé au Grepfoc, l’a rapidement contacté. Il sera leur formateur en LSF. Un premier niveau est désormais accessible mais le centre de formation espère étoffer ces cours avec les niveaux supérieurs. Ce n’est qu’un début. Ce sont deux stagiaires en CAP petite enfance souhaitant se spécialiser dans le handicap qui ont sollicité le Grepfoc pour des cours de LSF et ont donc déclenché la mise en place de la formation. Aujourd’hui peu de personnes pratiquent la langue des signes française sur le territoire et les personnes sourdes ou malentendantes font face à de grandes difficultés. Comment se faire comprendre dans les administrations ? Les services ? Dans le secteur du tourisme ? Et celui de la santé ? Les problèmes sont quotidiens et les démarches fastidieuses. « Je pense qu’il y a réellement des besoins », explique Nadine Morel.

Une facilité à développer

Depuis 2005, la langue des signes française (LSF) a été reconnue comme une langue à part entière et tout élève concerné doit désormais pouvoir recevoir un enseignement de LSF. C’est le résultat de la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. En France, cet enseignement est délivré à l’école primaire depuis la rentrée 2008 et au collège et au lycée depuis 2009. Une épreuve facultative de LSF est également inscrite au baccalauréat depuis 2008. Cette reconnaissance de la langue est valable en Polynésie française, précise la loi, et sa diffusion dans l’administration devrait être facilitée. On est encore loin de cette « facilité ». Une association représentant les sourds sur le territoire, Apa e Reo Nui, propose aussi des cours de LSF. Le Grepfoc entend compléter cette offre sans « marcher sur les platebandes de l’association ». Une première session a été ouverte au mois de novembre et le centre de formation en organisera de nouvelles selon la demande.

« La clef, c’est de pratiquer »

Yves Somaini, interprète et formateur en LSF, a appris la langue des signes par hasard. Ses copains d’enfance sourds l’ont initié à cette langue pour laquelle ensuite il s’est passionné. Il a travaillé en école dans des classes avec des personnes sourdes et malentendantes pendant trois ans puis sur une plateforme d’interprétation.

Quelles sont les particularités de la langue des signes française ?

« C’est une langue qui ne s’écrit pas. Elle fonctionne de manière visuelle. Elle est constituée principalement de deux choses : les choses qu’on va dire telles quelles, on appelle ça les signes standards, c’est le vocabulaire et toute la partie grammaire qu’on appelle l’iconicité. Souvent, les gens qui veulent apprendre la LSF ont tendance à apprendre une série de mots, du vocabulaire mais ça ne suffit pas. Il faut aussi connaître l’iconicité. Ce sont des choses qu’on montre et cela sert de lien entre les différents vocables. Le but de ces cours est principalement d’enseigner l’iconicité car ce qu’on arrive à montrer, nous n’avons pas forcément besoin de le dire. Là où il manque des mots, on peut utiliser l’iconicité qui est la structure même de la langue des signes. »

Est-ce que la construction d’une phrase diffère du français ?

« En général, on plante d’abord le décor, on parle ensuite des éléments qui agissent et on finit par l’action. La construction de la langue des signes est différente du français : on donne d’abord les compléments circonstanciels, ensuite les sujets et les compléments d’objet et, à la fin, le verbe. »

Est-ce difficile d’apprendre la langue des signes ?

« Comme pour les autres langues, la clef est de pratiquer. Si on a l’occasion de mettre en pratique, l’apprentissage peut aller vite. Si on ne s’en tient qu’à de la théorie dans le cadre de cours, ça peut être long. L’avantage de cette langue est qu’on peut avoir l’intuition de la langue des signes et deviner la manière d’exprimer les choses. Si on n’a pas forcément le signe adéquat, on va réussir à se faire comprendre. C’est l’iconicité. »

Y a-t-il des difficultés à dépasser quand on commence à apprendre ?
« Comme c’est une langue visuelle, on doit être en mesure de se montrer, le regard des autres peut freiner. Il y a aussi la peur de ne pas connaître tous les mots. Il faut réussir à passer à l’iconicité pour pouvoir montrer les choses quand on n’arrive pas à les dire avec un signe en particulier. »

Parlez-vous pendant les cours ?

« Oui. Je pense que pour bien comprendre une langue, il faut comprendre sa structure et la langue d’apprentissage est celle que l’on parle. Les premiers cours, je parle beaucoup mais viennent maintenant des moments où je ne parle pas. Au fur et à mesure de la progression dans la formation, nous allons de moins en moins parler pour passer en langue des signes. »

Quel est l’intérêt d’apprendre la langue des
signes ?

« La question du handicap commence à être prise au sérieux. On compte environ 3 000 personnes sourdes ou malentendantes en Polynésie française et très peu de choses existent pour elles actuellement. Plus il y a de personnes en mesure d’accueillir des personnes sourdes ou malentendantes, mieux c’est. Dans les administrations, les hôpitaux, les structures scolaires… c’est important de mettre en place des référents en mesure d’accueillir les sourds. La Fédération Te Niu o te Huma a déjà beaucoup travaillé sur le sujet, maintenant il faut des relais, dans les différentes structures, des personnes qui connaissent la LSF. »

Quelles sont les difficultés des personnes sourdes ou malentendantes dans leur vie quotidienne ?
« La barrière de la communication est importante. Le problème en Polynésie est le manque de moyens pour payer des interprètes. Les personnes sourdes ou malentendantes ont une allocation d’aide aux personnes handicapées mais elle ne suffit pas pour payer en plus les services d’un interprète pour accéder aux administrations, aux rendez-vous chez les médecins, etc., pour pouvoir faire les choses par eux-mêmes de manière autonome. »

Quel niveau faut-il atteindre pour
réussir à discuter en langue des signes ?

« D’après le référentiel européen des langues, il faut avoir le niveau B1 voir B2. Dans le niveau A, on commence au 1.1 jusqu’au 1.4, puis A2 avec quatre niveaux également et ensuite on passe au B. Mais déjà, dans cette formation A 1.1, nous allons plus loin pour donner les moyens aux stagiaires de pouvoir communiquer en langue des signes même s’il leur manque du vocabulaire. »

LANGUE DES SIGNES FRANÇAISE NIVEAU A1.1

• Pour qui ?
Pour tous ceux qui ont des proches sourds, qui travaillent avec des sourds, qui ont un contact avec le public sourd, qui souhaitent devenir interprètes ou tout simplement pour ceux qui désirent découvrir une autre langue.

• Durée

Dix semaines avec deux cours de 1h30 par semaine.

• Objectifs

Maîtriser les structures de base de la LSF, échanger de façon simple et directe en LSF, participer à une conversation avec un ou deux interlocuteurs à un rythme proche de la normale.

• Contenu

Découverte de la LSF et du monde des sourds, les bases de la langue des signes française (alphabet, visée illustrative des signes, notions de temps, nombres, couleurs, structure grammaticale de la langue), lexique de la vie de tous les jours, culture des sourds (histoire, quotidien…).

• Méthodes pédagogiques

Nombreux exercices pratiques et mises en situation pour travailler l’expression, utilisation de supports vidéo en LSF, méthodes d’apprentissage accéléré pour le lexique.

Le Grepfoc : une grande variété de formations
Le Grepfoc occupe une place à part dans le monde des centres de formation car c’est un établissement public à caractère industriel et commercial, c’est-à-dire un établissement qui dépend du Pays et qui gère une activité de service public. Ce statut lui donne l’avantage d’avoir accès à tous les établissements scolaires du second degré de Tahiti et des îles. Le Grepfoc travaille donc beaucoup avec des professeurs de l’éducation nationale pour assurer ses formations. Son catalogue de formations est important. Des formations sont organisées dans le secteur tertiaire (banque, assurance, gestion et administration, comptabilité…), le secteur industriel (mode, menuiserie, maintenance véhicule, aménagement, bâtiment, énergie…), la santé et la petite enfance, le bien-être et la beauté, la restauration et l’hôtellerie (pâtisserie, boulangerie, traiteur, boucher, tourisme…). Le Grepfoc propose également des accompagnements et des remises à niveau avec l’accompagnement VAE, la préparation aux concours de différents niveaux et l’accompagnement PACES (pour les étudiants en première année de médecine).
Des formations dans le domaine des langues avec la LSF, l’anglais, l’espagnol, le mandarin, le japonais complètent ce catalogue.

Disponible sur son site Internet
, vous trouverez dans le catalogue les formations diplômantes et ponctuelles.

Où s’adresser ?
Grepfoc, rue Tihoni-Tefaatau, à côté du lycée Aorai-Taaone
Tél : 40.50.06.40.
formation@grepfoc.pf
Internet : www.grepfoc.pf
Facebook : GR.E.P.FO.C

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