La RSE ou faire son business de façon éthique

Aline Bessières est formatrice et consultante. Elle a été chargée de mission en Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) pour le groupe Axa en France pendant dix ans. Elle enseigne au Cours Bufflier, à l’ISEPP et à l’école de commerce de Tahiti. La RSE est un concept dont on parle de plus en plus en Polynésie : explications.

La RSE : c’est quoi ?
La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise est un concept qui vise à appliquer les principes du développement durable. Aujourd’hui on parle plus simplement de la responsabilité de l’entreprise. Responsabilité par rapport à la société civile, aux consommateurs, aux clients, aux collaborateurs, à l’ensemble des parties prenantes en interne ou en externe, aux institutions financières, aux gouvernements. Il s’agit de faire son business de façon responsable en prenant en compte l’environnement, l’humain et la gouvernance.

À quoi l’aspect gouvernance correspond-il ?

C’est la façon dont les entreprises font leur business. S’engager dans une démarche RSE, c’est mener son business de façon éthique, en respectant la déontologie, en veillant aux processus de décision, à l’origine des investissements et à la façon dont ces investissements sont réalisés.

Est-ce un nouveau concept ?

Non, il a émergé dans les années 1980. Après le Sommet de Rio, il y a eu une prise de conscience sur la préservation des ressources de la planète. L’approche était alors exclusivement environnementale. Dans les années 1980, les entreprises ont commencé à s’approprier le sujet et ont élargi cette responsabilité aux collaborateurs et à la société civile. Au départ, l’objectif de la RSE est de minimiser l’impact environnemental de l’entreprise.

Existe-t-il une réglementation obligeant les entreprises à suivre cette démarche ?

Il n’y a aucune réglementation en Polynésie française mais il y en a une en Europe. Les entreprises cotées en bourse ont l’obligation de s’engager dans une démarche RSE. Elles doivent émettre un rapport annuel sur leur engagement.
Si les mesures ne sont pas mises en place, si les indicateurs ne sont pas communiqués, il y a des sanctions.

En Polynésie française, il n’est pas question aujourd’hui d’imposer une réglementation dans ce sens.

Existe-t-il des entreprises en Polynésie française engagées dans cette démarche ?

Les entreprises ne sont pas obligées en Polynésie française de s’engager dans une démarche RSE mais il y a quand même une tendance qui se dessine. Depuis plusieurs années, certaines entreprises se sont bien engagées. Les consommateurs polynésiens commencent également à être vigilants sur la responsabilité des entreprises. Ici, les entreprises sont assez focalisées sur l’environnement, ce qui se comprend à cause des fortes contraintes et des enjeux de société. Les aspects humain et social commencent à être considérés. Mais le volet gouvernance est presque méconnu, occulté ou non pris en compte.

Quels sont les bénéfices pour les entreprises ?

La RSE permet de faire des projections sur le très long terme. Par exemple, dans les secteurs aériens ou assurantiels, les projections peuvent aller jusqu’à 30 ans. Il faut réfléchir aux processus de fabrication, à la commercialisation, aux attentes clients, aux contraintes environnementales, aux technologies, à l’accès aux ressources… La recherche d’innovation pour satisfaire les consommateurs, tout en préservant l’environnement et mettre en valeur le bien-être des collaborateurs, conduit à la rentabilité financière.

Est-ce que s’engager dans une démarche RSE coûte de l’argent ?

Au départ, réfléchir à ce que l’on veut faire ou comment on souhaite conduire son business ne coûte pas d’argent. Une fois que l’engagement est pris de s’inscrire dans une démarche RSE, il faut commencer par faire un diagnostic pour déterminer les actions à mettre en place. Il ne s’agit pas de tout traiter d’un coup.

Les consommateurs sont-ils sensibles à cette démarche RSE ?

Les consommateurs sanctionnent les entreprises qui ne sont pas responsables, celles qui polluent, traitent mal leurs salariés, ne sont pas transparentes, ou n’ont pas de déontologie. Selon une enquête parue au début de cette année, 97 % des consommateurs sont prêts à boycotter une entreprise qui ne serait pas responsable.

Toutes les entreprises sont-elles concernées par la RSE, y compris les services publics ?

Tout type d’activité et toute taille d’entreprise sont concernés par la RSE. Certaines communes sont déjà engagées dans cette démarche.

Est-ce que c’est une mode ou des démarches réellement durables ?

Ce n’est pas une mode, ni une utopie, ce sont des démarches aux impacts réels. Cela devient une évidence aujourd’hui : préserver la croissance dans le respect des besoins des générations à venir.

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaiterait s’engager dans une telle démarche ?
Les formations en Polynésie française existent pour comprendre les mécanismes de la RSE et bâtir une stratégie. Il existe aussi la possibilité de se faire accompagner sous forme de coaching. Même les TPE peuvent se lancer dans des démarches RSE.

Où s’adresser ?
Pour se former en RSE, se rapprocher des organismes de formation et de la CCISM.

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