Le BIA : La tête dans les étoiles

L’université de Polynésie française a lancé en 2017 une nouvelle formation continue : le brevet d’initiation aéronautique (BIA). Cédric Le Ballois, pilote professionnel, instructeur et formateur, souhaite faire du BIA en Polynésie un tremplin vers les métiers de l’aéronautique.

TEXTE & PHOTOS LUCIE RABRÉAUD – ARIITEA MEYER

Qui n’a jamais rêvé de s’envoler ? Pour certains, c’est plus qu’un rêve, c’est une véritable passion. L’aéronautique est un secteur synonyme d’aventures, d’exploits, de challenges technologiques…
Le brevet d’initiation aéronautique permet de faire un premier pas dans cet univers. Ce diplôme « valide un niveau d’initiation à la culture scientifique et technique dans le domaine de l’aéronautique et du spatial ». Et surtout, il permet à des curieux ou des passionnés d’en savoir beaucoup plus sur le sujet. Depuis l’année dernière, l’université de la Polynésie française propose de passer le BIA en formation continue qui permet de se préparer aux examens théoriques des brevets de base et de pilote avion. Un plus pour les candidats à une future carrière aéronautique (militaire et civil) et pour ceux qui souhaiteraient travailler sur la mécanique et l’ingénierie des avions. Le BIA est aussi chaudement recommandé aux étudiants souhaitant intégrer l’École nationale de l’aviation civile. Ce diplôme ne suffit pas pour se mettre aux commandes d’un avion mais constitue un premier palier nécessaire.

L’aéronautique : accessible à tous

En métropole, le brevet d’initiation aéronautique mène à du pilotage privé, de loisir. Ici, Cédric Le Ballois, pilote professionnel, instructeur à l’école de vol et formateur, souhaite en faire un tremplin vers les métiers de l’aéronautique qu’ils considèrent comme une opportunité intéressante pour les Polynésiens. « À Tahiti, il existe un vivier de gens qui s’intéressent à l’aéronautique et qui ont de vraies qualités pour ce métier mais ils ne franchissent pas le pas. Certains pensent que ces métiers ne sont pas faits pour eux, que l’aéronautique est trop complexe. Ce qui est faux. Heureusement, la passion pour l’aéronautique est bien plus forte que les quelques réticences ou fausses croyances que certains ont sur ce genre de formations. »
Et heureusement, le brevet d’initiation aéronautique leur permet de tester leur intérêt pour ce secteur et voir s’ils ont de réelles appétences. Le BIA mène à tout : steward, hôtesse, ingénieur, pilote, technicien, mécanicien…

Pratique :
Formation ouverte à la demande pour un minimum de 20 inscrits.
Seule condition : avoir 13 ans à la date des épreuves. Organisé en cours du soir, à raison de deux cours par semaine.
La formation comporte  58 heures réparties sur cinq modules : météorologie et aérologie, aérodynamique, aérostatique et principes de vol, étude des aéronefs et des engins spatiaux, navigation, réglementation et sécurité des vols, histoire et culture de l’aéronautique et du spatial.

Contact : • Université de la Polynésie française, service de la formation continue •Tél : 40.80.38.77 ou formation-continue@upf.pf

"Le voyage et la découverte du monde, le partage avec les autres sont un autre aspect de l’aéronautique qui m’attirait aussi."

DIPLÔMÉ BIA EN JUIN 2017

« Mon rêve serait de devenir pilote ! »
« Je suis passionné par l’aviation depuis que je suis tout petit. C’est un rêve pour moi de travailler dans l’aéronautique. Enfant, j’habitais sur Faa’a et je voyais les avions qui décollaient. Je me suis passionné et j’ai commencé à voir d’autres aspects qui m’ont intéressé comme le niveau de responsabilité du pilote, le pilotage en lui-même, la conduite d’un tel engin, la passion du paysage, la technologie…
Le voyage et la découverte du monde, le partage avec les autres sont un autre aspect de l’aéronautique qui m’attirait aussi. Je travaille aujourd’hui comme programmeur dans l’informatique et je me suis décidé à passer mon BIA. Même si j’ai appris beaucoup de choses par moi-même grâce à Internet, cette formation permet de rentrer beaucoup plus dans la technique : comment fonctionne un moteur, comment vole un avion, comment les informations arrivent sur les écrans… Je souhaitais avoir les connaissances théoriques et savoir si j’étais vraiment fait pour ça. J’aimerais poursuivre sur d’autres formations ou brevets mais le financement est une difficulté pour moi.
Mais j’ai compris que j’étais fait pour ça ! Avant le BIA, j’ai fait un vol d’initiation. Ça s’est très bien passé. Après mon examen, j’ai fait un deuxième vol d’initiation durant lequel j’ai mis en relation des choses apprises durant le BIA. Mon rêve serait de devenir pilote ! »

"J’ai remarqué chez les Polynésiens des caractéristiques remarquables pour le pilotage."

FORMATEUR

« Je dis à mes élèves de ne pas arrêter de rêver »

À quoi sert cette formation ?
Le brevet d’initiation aéronautique a été créé en France après la Seconde Guerre mondiale. J’ai essayé d’adapter le BIA en Polynésie par rapport à ce qui se fait en France. En France, c’est une formation généraliste pour des gens qui s’intéressent aux avions, qui souhaitent faire du pilotage privé, maquette, ULM, etc. C’est la première étape avant de passer son brevet de pilotage. En Polynésie, je me suis dit qu’on pouvait peut-être utiliser le BIA pour lancer des carrières aéronautiques professionnelles comme celles d’hôtesse ou steward jusqu’au pilote de chasse, en passant par les techniciens et les ingénieurs. C’est un socle de connaissances qui va servir dans le monde aéronautique. Depuis que j’ai commencé, une quinzaine de mes anciens élèves suivent des formations ou sont devenues des professionnels de l’aéronautique.

Qu’est-ce qu’on y apprend ?
Les cours sont répartis en cinq modules : la météorologie, l’aérodynamique, l’histoire et la culture aéronautique, l’étude des aéronefs et des engins spatiaux, la navigation, la réglementation et la sécurité des vols. On se sert des mathématiques mais dans un plan concret, elles nous servent à comprendre un phénomène dans l’avion. En aéronautique, on n’apprend que ce qui nous sert.

Quand on vient d’une filière littéraire ou qu’on n’est pas très bon en maths, peut-on passer le BIA ?
Oui bien sûr ! C’est accessible à tout le monde. Il faut avoir 13 ans le jour de l’examen, c’est la seule condition. On est à cheval entre l’éducation nationale et le monde de l’aéronautique. C’est un programme éducation nationale mais concocté par des pilotes avec des spécificités éducation nationale et validé par un diplôme de l’éducation nationale.

En quoi les métiers de l’aéronautique sont intéressants pour les Polynésiens d’aujourd’hui ?
À cause de la géographie de la Polynésie française bien sûr ! Et aussi parce que j’ai remarqué chez les Polynésiens des caractéristiques remarquables pour le pilotage : ils sont résistants au stress et c’est le noyau central de la formation d’un pilote. Il faut parvenir à gérer son stress afin que les compétences intellectuelles restent disponibles pour réagir selon la situation. Ils ont également une mémoire phénoménale. Cela leur permet d’apprendre très rapidement les procédures à dérouler. C’est aussi très intéressant pour voyager : l’aéronautique permet de travailler partout dans le monde.

L’aéronautique fait rêver ?
Oui, et je dis à mes élèves de ne pas arrêter de rêver ! Les avions n’ont pas changé, or on arrive à la fin d’un modèle, il faudra un changement de technologie pour que tout le monde puisse voyager. Dans tous les grands hubs aéronautiques, il n’y a plus de places, le ciel est très encombré. Et pourtant, des modèles prévoient dix milliards de voyageurs par an, dans vingt ans (nous en sommes aujourd’hui à un milliard). Je dis aux jeunes : allez-y, rêvez et inventez nous l’aéronautique de demain ! C’est une branche d’avenir.

"Dans cinquante ans, nous vivrons peut-être les derniers vols avec le kérosène."

DIPLÔMÉ BIA EN JUIN 2017

« Ce qui m’enthousiasme, c’est de révolutionner l’aéronautique ! »

« Je suis déjà enseignant en sciences de l’ingénieur au lycée de Taaone. Je suis actuellement mis à disposition pour former des jeunes aux concours d’entrée en école d’ingénieurs. C’est une classe prépa qui a ouvert il y a un an et demi et, parmi les élèves, un certain nombre envisage des carrières dans l’aéronautique. Avant d’arriver en Polynésie,j’ai travaillé dans le domaine des drones avec une start-up.

L’aéronautique m’intéresse depuis longtemps. En suivant cette formation, j’y ai appris beaucoup. Avec son bon sens et son expérience, Cédric Le Ballois présente les choses différemment. J’ai eu mon diplôme en juin 2017. L’examen n’était pas difficile, nous avons été interrogés sur ce que nous avions vu durant la formation. Le plus difficile à intégrer pour moi concernait l’histoire de l’aéronautique, les événements et les avancées technologiques dues aux guerres…

Le BIA est un plus pour avoir cette culture aéronautique. J’ai une culture industrielle au sens large, je m’intéresse à beaucoup de domaines. Ce qui m’intéresse et m’enthousiasme, c’est de révolutionner l’aéronautique ! Dans cinquante ans, nous vivrons peut-être les derniers vols avec le kérosène. Si nous devons passer de un à dix milliards de voyageurs, allons-y ! Je pense que nous avons une chance énorme, on a vu les capacités de l’industrie touristique de la Polynésie, il y a aussi certainement d’énormes capacités en industries d’ingénierie et pourquoi pas en ingénierie aéronautique.

On peut devenir une plateforme expérimentale sur les énergies et sur le transport aérien. Il est plus facile d’aller d’île en île en avion que de se déplacer dans Papeete en voiture !

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