L’entreprise de demain avec Tahiti Congrès

L’ASSOCIATION TAHITI CONGRÈS A ORGANISÉ LA DEUXIÈME ÉDITION DU CONGRÈS « MANAGEMENT ET RESSOURCES HUMAINES » AU DÉBUT DU MOIS DE JUIN. PLUS DE DEUX CENTS DIRIGEANTS ET CADRES DES ENTREPRISES DU FENUA Y ONT PARTICIPÉ. OBJECTIF : CONSTRUIRE UN FUTUR DURABLE POUR LES ORGANISATIONS ET ÉPANOUISSANT POUR LES COLLABORATEURS.

Geneviève Fortier, à la fois vice-présidente et directrice des ressources humaines chez McKesson au Canada, n’y est pas allée par quatre chemins lors de sa conférence d’ouverture du congrès management et ressources humaines : « Nous assistons à une révolution du management, de l’encadrement et de l’organisation du travail. Le monde est en pleine mutation et pour réussir, les entreprises doivent se démarquer. » Plus de deux cents personnes étaient présentes à l’occasion de la deuxième édition de ce congrès qui s’est tenu sur trois jours au début du mois  de juin. Son ambition : convaincre les dirigeants et les cadres des entreprises de changer. Tout changer. L’entreprise hyper structurée, hiérarchisée, avec un fonctionnement lourd et strict, est en train de mourir. Un nouveau partage des rôles se met en place. On parle désormais de « collaborateurs » et plus d’« employés ». Ces collaborateurs veulent savoir pourquoi et pour qui ils viennent travailler chaque jour, ils veulent que leur entreprise et leur emploi aient du sens. La journée de travail est réinventée avec l’arrivée du télétravail, du partage de poste, des horaires flexibles, des semaines compressées…
« Travailler à la maison est parfois plus efficace qu’au bureau, explique Geneviève Fortier. La présence sur les lieux de travail pendant huit heures n’intéresse pas. L’idée est de mesurer les résultats sur ce qui a été livré et non pas sur le temps passé au travail. »

Vers une entreprise flexible
Ces nouvelles tendances ont un impact fort sur la croissance des entreprises. Celles qui seront performantes seront celles qui auront changé leur mode d’organisation, passant d’une entreprise classique à une entreprise agile. « À court terme, tout le monde peut continuer comme aujourd’hui mais si on veut de la croissance et de la durabilité, on n’a pas le choix. Les organisations doivent se reconnecter avec la base des collaborateurs », estime Geneviève Fortier. Les conférenciers du congrès ont donc donné quelques idées et quelques exemples pour inciter les dirigeants à amorcer ce grand virage. Sylvain Toutant, président de David’s Tea, précise qu’une entreprise a besoin d’avoir du sens. L’argent ou la gloire ne sont pas des moteurs intéressants. En revanche, un impact positif sur l’environnement ou la société constitue une vraie stimulation. « La meilleure motivation est celle du coeur. Les travailleurs ont désormais envie de contribuer à quelque chose de durable et qui a du sens. » D’un mode très autoritaire, les entreprises doivent passer à un mode collaboratif, selon Yvon Chouinard, conseiller en ressources humaines et coach. Fini les évaluations annuelles qui stressent l’employé autant que le manager. Yvon Chouinard conseille plutôt d’entretenir des discussions tout au long de l’année.

Au profit de la créativité et de l’engagement

Tous les conférenciers qui sont intervenus durant ce regroupement ont critiqué ces « bureaucrates aveugles qui tuent la créativité avec des règles insensées » et insisté sur le sens et la raison d’être d’une entreprise. Les seules motivations qui vaillent. « L’argent c’est comme la climatisation, il faut qu’il soit savamment dosé pour que ce soit confortable. Pas assez, ça ne va pas et trop, ça ne va pas non plus. » Le plaisir et le sens dans le travail renforcent l’engagement des collaborateurs, ce qui augmente la performance de l’entreprise. Le monde change, le fonctionnement et l’organisation du monde du travail avec lui. Les managers ont le choix : « Laisser passer ces tendances sans y adhérer ou dessiner l’entreprise de demain. »

Geneviève Fortier : « Des changements profonds qui touchent la culture de l’organisation »

GENEVIÈVE FORTIER EST VICE-PRÉSIDENTE ET DIRECTRICE DES RESSOURCES HUMAINES CHEZ MCKESSON AU CANADA. ELLE A UNE LONGUE EXPÉRIENCE DU MANAGEMENT DERRIÈRE ELLE ET A REÇU DES PRIX POUR SON LEADERSHIP : PRIX FEMMES D’AFFAIRES DU QUÉBEC DANS LA CATÉGORIE « DIRIGEANTE, ENTREPRISE PRIVÉE », PRIX HONORIFIQUE DE FELLOW DE L’ORDRE DES CONSEILLERS EN RESSOURCES HUMAINES AGRÉÉS — CETTE DISTINCTION EST LA PLUS HAUTE DE CET ORDRE — ET PRIX DE L’ACADÉMIE DE LA PERFORMANCE POUR SA CONTRIBUTION EXCEPTIONNELLE DANS LE DOMAINE DES RESSOURCES HUMAINES. C’EST ELLE QUI A OUVERT ET FERMÉ LE CONGRÈS 2017.

Quelle est l’entreprise de demain ?
« Les réponses doivent venir de la prochaine génération. La génération des milleniums (les personnes nées entre 1980 et 2000, ndlr) veulent une entreprise responsable au point de vue économique, sociétale et environnementale, une entreprise implantée dans la communauté, qui s’implique. Ils ont une plus grande conscience de l’effet des  entreprises sur la survie de la planète. Ils veulent aussi qu’elle donne un sens à leur contribution, à leur travail. Travailler pour travailler ne les motive pas. Ils veulent une entreprise agile, c’est-à-dire flexible, qui a la capacité à s’ajuster aux changements, qui dépasse les structures trop rigides, hiérarchiques et lourdes. Les solutions et les décisions ne viennent plus uniquement d’en haut mais en collaboration avec les employés. Cette nouvelle génération veut un environnement de travail sain, où ils prennent plaisir à travailler. »

Cela ressemble au peu au fonctionnement des start-up d’aujourd’hui…
« C’est vrai. C’est plus facile pour un leader d’avoir tous les petits oiseaux autour du nid et d’être capable de visualiser ce que tout le monde fait, mais il doit réussir à aller chercher plus de performances en prenant en compte les besoins des collaborateurs. La technologie a créé cette possibilité. Aujourd’hui, nous sommes capables de communiquer à travers le monde. »

Comment expliquez-vous que cette génération soit moins prête aux compromis et que travailler pour travailler n’ait plus de sens pour elle ?
« Les générations précédentes ont tellement mis l’accent sur le travail, de façon démesurée- c’était au centre de tout, que nos enfants se sont dit qu’ils voulaient travailler mais jamais au détriment de leurs autres passions. Après avoir vu leurs parents se donner corps et âme au travail, ils recherchent un meilleur équilibre. Pour être capables d’exister et donner leur plein potentiel, ils ne souhaitent pas subir le carcan de ces organisations. Et certains préfèrent créer leur propre société. C’est révélateur. Les moyennes et grandes entreprises ont matière à réfléchir. »

Le grand changement est la place des employés que vous préférez d’ailleurs appeler des « collaborateurs ».
« Être l’employé de quelqu’un et être son collaborateur, ce n’est pas la même chose. Ça envoie un message très clair. »

Certains entrepreneurs ou DRH restent sceptiques. L’entreprise classique a-t-elle encore de longues années devant elle ?
« Ce sont des changements profonds qui touchent la culture de l’organisation. Les nouvelles générations et les forces du marché vont pousser les entreprises à changer mais il y a aussi des forces inverses, la résistance des directeurs, le scepticisme des syndicats… Il faut se donner le temps de faire les choses petit à petit. Donner plus de place aux collaborateurs dans les décisions ne se fait pas du jour au lendemain. On en a pour quelques années mais l’entreprise hiérarchique et autocratique telle qu’on la connaît aujourd’hui n’aura pas sa place dans le futur. »

Il y a beaucoup de monde présent sur ce congrès, c’est un encouragement ?

« C’est révélateur de l’intérêt des gens à comprendre comment le monde change et comment leur organisation peut performer… On sème des graines ! Il faut poursuivre ces échanges et ces rencontres et réussir à concrétiser les choses. »

C’est une révolution ?

« Je crois que oui ! Ou en tout cas une évolution importante ! C’est là que se trouvera la réussite. »

Le travail en usine peut-il aussi évoluer dans ce sens ?

« Ce sera peut-être plus compliqué mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas le faire. On se crée nos propres barrières en se disant que ce n’est pas possible mais il y a toujours des solutions. »

Cette transformation dans le monde du travail va-t-elle impacter le monde de la formation ?

« Je pense que oui. Souvent le monde du travail évolue, les organisations changent et il y a comme un décalage qui s’installe entre le niveau des organisations et le programme des formations. J’aurais tendance à dire que dans les cursus académiques généraux, cela prendra du temps mais les programmes avec beaucoup de pratique , comme les formations d’appoint, vont s’ajuster plus rapidement. Il faut être capable de mieux lire les tendances pour mieux former les leaders de demain. »

L’histoire d’une entreprise qui a révolutionné son management

IMATECH EST UNE FILIALE D’UN GROUPE INTER MUTUELLES D’ASSISTANCE. MARIELLE THOMAS, EMPLOYÉE AU SERVICE MARKETING ET COMMUNICATION, ET VALENTINE URVOY, DIRECTRICE DES « RICHESSES » HUMAINES, ONT RACONTÉ, LORS DU CONGRÈS, LE BOULEVERSEMENT DE LEUR ENTREPRISE QUAND CELLE-CI A DÉCIDÉ DE TOUT CHANGER AU NIVEAU DU MANAGEMENT.

Ce centre d’appels situé à Nantes est confronté d’une part, à une rude concurrence avec des centres d’appels localisés à l’étranger dont le service est beaucoup moins cher et d’autre part, à un manque d’employés, du fait d’un travail peu attirant. Imatech risquait bel et bien de disparaître si elle ne se transformait pas. Un gros travail a été entrepris pour « se recentrer sur l’essentiel : le client » et supprimer tout ce qui était inutile : le reporting, certains process… L’entreprise a retrouvé simplicité, fluidité et donc efficacité. Les équipes ont obtenu plus d’autonomie et de responsabilités. Le contrôle a été allégé au bénéfice de la flexibilité, du télétravail, des notes de frais sans plafond, des cartes bleues utilisables par tous (« les frais sont toujours au même niveau », a précisé Valentine Urvoy). Les chiffres, les indicateurs économiques de l’entreprise, les contrats sont accessibles à tous les employés, qui participent aussi aux comités de rémunération et au Codir.

« Pour beaucoup d’entreprises, l’information, c’est le pouvoir. Mais l’information comme source de pouvoir tue l’organisation. Avec de la transparence, les choses sont dites, ça coupe court aux fantasmes », ont expliqué les jeunes femmes. Grâce à ces informations, les collaborateurs sont très clairvoyants sur la situation économique de leur entreprise. Des signes de pouvoir ont été enlevés : les places de parking réservées à la direction, les bureaux plus grands… Ce sont « des choses qui n’ont pas de relation avec le job. Ça tue la confiance et ça alimente les discussions autour de la machine à café. Nous avons donné les places de parking à côté de l’entreprise à ceux qui en avaient le plus besoin et ce n’est pas forcément les personnes de la direction ». L’entreprise a aussi misé sur le travail collaboratif. Le dialogue social a pris des formes différentes. Enfin, la cohésion des équipes a été renforcée avec l’organisation d’événements.

Marielle Thomas et Valentine Urvoy ont insisté sur l’idée que c’est « l’équipe directionnelle qui est au service de la production et pas l’inverse ».

Propulser et augmenter les compétences du fenua

L’ASSOCIATION TAHITI CONGRÈS A ÉTÉ CRÉÉE EN 2014. L’IDÉE DE DÉPART EST PARTIE D’UN CONSTAT. CÉDRIC VIDAL, CONSULTANT EN DROIT DU TRAVAIL, ET LAURENT DEVÉMY, PROFESSIONNEL DU DÉVELOPPEMENT ORGANISATIONNEL ET MEMBRE DE L’ORDRE DES CONSEILLERS EN RESSOURCES HUMAINES AGRÉÉ DU QUÉBEC, VOIENT LES ORGANISATIONS POLYNÉSIENNES SE HEURTER À DES DIFFICULTÉS.

« Nous arrivons à la fin d’un cycle. Le mode de management traditionnel ne marche plus aujourd’hui. Nous voulions apporter au fenua un éclairage sur ce qui se passe ailleurs mais aussi partager l’expérience de certaines entreprises ou services polynésiens qui repensent leur mode d’organisation pour trouver un équilibre entre la partie performance et la notion de bien être des collaborateurs », explique Laurent Devémy qui préside l’association Tahiti Congrès. Un premier congrès est organisé en 2015, sur le thème : trouver l’équilibre entre la performance et le bien-être au travail afin de démontrer que c’est cet équilibre entre la stratégie d’une organisation et le bien-être de ses ressources humaines qui permet d’atteindre la performance.
« Si les entreprises ne modernisent pas leur mode de management, elles sont en danger, assure Laurent Devémy. Quand on voit au Heiva i Tahiti, toutes ces personnes qui s’engagent et qui ne comptent pas leur temps, pourquoi n’est-on pas capable de mettre toute cette énergie, ce dynamisme, cette qualité d’innovation, cette intelligence collective, au service des organisations ? » Grâce à ces rendez -vous organisés tous le s deux ans, l’association Tahiti Congrès veut faire bouger les choses et son président affirme que les idées partagées lors des congrès sont réellement mises en oeuvre. « On a eu la chance de voir en 2015, des personnes prendre à bras-le-corps ce qu’on leur a proposé lors du congrès. Il y a eu des changements. Des entreprises sont déjà en mouvement et d’autres s’y mettent. » Il conclut : « Nous voulons propulser et augmenter les compétences du fenua. »

Association Tahiti Congrès
• Tél : 877 851 05
laurent@tahiticongres.com
• skype : tahiticongres

« Une approche qui s’adopte petit à petit »

Comment envisagez-vous l’entreprise de demain ?
« Cela fait trois ans qu’Avis est dans cette démarche : plus de confiance, d’autonomie et de responsabilité dans l’entreprise. Ce congrès m’a rassurée sur le fait qu’on est dans la bonne direction. J’ai eu des moments de doute. Tous les employés ne sont pas prêts au même moment et il y a beaucoup d’accompagnements et des ajustements à faire. Mais nous sommes sur la bonne voie. Cette modification de l’organisation de l’entreprise va beaucoup plus loin que le simple univers du travail. Cela rentre dans les maisons, a un impact sur les familles, sur les enfants, sur la société et sur le monde. Un monde qui est en train de changer vers plus d’humain, d’émotions, de bien-être et de positif. »

Tous les entrepreneurs sont-ils prêts à ce changement ?

« On voit beaucoup de réticences et de peurs. Il faut faire les choses petit à petit et s’aider par le co-développement, les lectures et s’inspirer de modèles qui marchent. Chez Avis, nous sommes accompagnés par une société vers ce changement. Ce genre de congrès permet aussi de nouer des contacts, de recueillir des recettes et de contacter des relais en cas de difficultés ou de blocages et d’être confortés sur le chemin qu’on a choisi d’adopter. »

Pour qu’une entreprise réussisse aujourd’hui, elle doit prendre ce chemin ?

«Oui. Il y a vraiment un tournant à prendre vers plus d’humain et de management collaboratif. Le monde change et si on veut être agile, souple et s’adapter facilement, il faut que les employés participent.  Il faut donc beaucoup de communication, du coaching, de la transparence, de l’information, de la confiance et de l’autonomie. Il faut travailler sur l’engagement et la motivation des collaborateurs. Les salariés ne sont pas des robots. Tout se joue sur l’engagement et la motivation des salariés. Et ça ne se commande pas. Cela passe par le dirigeant qui doit devenir un leader et ne plus être dans le contrôle. Et le client doit être au coeur de tout. Si on sait pourquoi et pour qui on est là, le comment vient tout seul. »

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