Lucie GUILLOUX, passionnée de langue et cultures chinoises

Lucie Guilloux a été la première enseignante de mandarin au sein des établissements publics de la Polynésie française. Cette professeure à la retraite a reçu, en février dernier, le prix d’excellence dans l’enseignement du chinois en Outre-mer.

Mon père avait décidé qu’un de ses enfants devait faire du mandarin. Parce qu’on avait du sang chinois mais surtout parce qu’il pensait que la Chine était l’avenir et qu’un jour la Polynésie serait au-devant de la scène ». Parmi la fratrie, c’est Lucie qui a été choisie pour apprendre la langue de l’Empire du Milieu. Elle était celle qui avait le plus héritée des origines chinoises de ses ancêtres. Son arrière-grand-père a fait partie des coolies arrivés de Hong Kong pour travailler sur la plantation de coton d’Atimaono, à Papara.
Dès l’âge de trois ans, Lucie suit des cours de hakka, langue parlée principalement dans le sud de la Chine, au sein de l’école philanthropique de Papeete. Mais dans les années 1960, l’école ferme. « J’avais alors neuf ans. J’ai d’abord suivi ma mère qui était institutrice à Mahina. Mais mon père a demandé une dérogation, et j’ai fini par intégrer l’école Koo Men Tong au pont de l’Est. J’ai alors commencé à apprendre le mandarin ».

Partir ou se marier ?

Au bout de quelques années, Lucie s’ennuie, elle demande à son père de partir ailleurs pour progresser plus vite. Du haut de ses quinze ans, elle pose un ultimatum : « Soit je pars, soit je reste à Tahiti mais alors je me marie », s’amuse-t-elle à raconter aujourd’hui, ayant désormais atteint l’âge de la sagesse.
Un mois et demi après, elle est dans l’avion en direction de Taïwan pour intégrer le lycée chinois Outremer. Six ans plus tard, elle obtient son baccalauréat. « Mon père est décédé juste après, ça m’a bouleversée. J’avais besoin de partir ailleurs. J’ai rejoint la France où je me suis inscrite à l’université en langues orientales et à l’Alliance française à Paris ».

Le travail de toute une vie récompensé
C’est à Paris que Lucie trouve sa voie et décide d’entrer dans l’enseignement. Mais hors de question de rester en métropole, si elle doit enseigner le mandarin ça sera chez elle au fenua. « Je devais rendre à mon territoire ce qu’il m’avait donné. Grâce à lui, j’ai pu obtenir une bourse et partir à Taïwan pour apprendre la langue. Je voulais donc rentrer pour aider les jeunes d’ici ». Lucie contacte le haut-commissaire de l’époque afin d’ouvrir une filière mandarin au lycée Paul Gauguin. Elle obtient gain de cause et devient ainsi la première enseignante de mandarin dans un établissement scolaire public. Au départ, elle a cinq élèves mais très vite sa classe se remplit et termine avec une trentaine d’élèves. Ce succès permet au lycée La Mennais d’ouvrir également une section mandarin. 

Après trente-six ans de loyaux services, Lucie est désormais à la retraite mais elle continue de s’engager dans la promotion de la langue et culture chinoise. « Il y a plus d’engouement aujourd’hui. Les Polynésiens s’intéressent à la Chine et pas seulement ceux qui ont des origines ».
Toujours active, Lucie participe à des échanges entre Tahiti et la Chine, dont elle est l’instigatrice. « Cela fait vingt-huit ans que nous les organisons. Le premier échange s’est fait avec un lycée international de Chine.
Ça a été très fructueux car beaucoup d’élèves sont partis et travaillent désormais dans un secteur en lien avec la Chine ». Ce type d’échanges, possibles en partie grâce aux subventions du Pays, a pris fin cette année mais depuis peu un autre échange a vu le jour avec le jumelage de la mairie de Papeete avec celle de Changning située à Shanghai. Ainsi des élèves de lycée et collège partent dans des familles chinoises et vice versa. « Ces échanges sont très importants car ils permettent aux jeunes de comprendre la culture chinoise et d’apprendre les différentes traditions ».

Lucie a fait son dernier voyage il y a quelques mois. Elle a décidé de se retirer même si elle continue de conseiller… Son engagement pour la promotion de la langue et la culture chinoises a finalement été récompensé en février dernier. Lucie a reçu des mains du consul de Chine le « prix d’excellence dans l’enseignement du chinois en Outre-mer ». Elle est ainsi devenue la première Polynésienne à recevoir ce prix et seulement la troisième Française. « C’est un grand honneur et une façon de montrer aux autres que tout ce que j’ai fait n’a pas été vain ». Un bel hommage pour cette passionnée, qui mérite bien aujourd’hui un peu de repos…

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