Orientations : Des filières réservées aux filles et d’autres aux garçons ?

Existe-t-il des métiers pour les filles et des métiers pour les garçons ? Les garçons ont-ils plus de chance de réussir des études scientifiques et les filles sont-elles naturellement plus douées dans les champs du social et du paramédical ? Autant de préjugés qui restent ancrés dans nos sociétés et qui ne permettent pas l’épanouissement personnel de chaque individu.

PHOTOS LUCIE RABRÉAUD

Du rose et bleu de l’enfance à l’élève scientifique ou littéraire…
Des études ont montré que, dès la petite enfance, les interactions différentielles s’installent, sous forme d’attitudes et d’investissements parentaux inégaux pour le travail domestique ou les stimulations et encouragements de l’enfant. Ainsi, l’éducation familiale associe-t-elle quasi systématiquement les expressions motrices des petits garçons à l’agressivité, au dynamisme et à l’indépendance ; éléments plus valorisés et encouragés que ceux que l’on développe chez les petites filles (expressions sonores et jeux vocaux, habileté verbale) associées à la sociabilité et aux relations avec les autres.

C’est dans la famille que le cadre social de référence et le modèle culturel de division adulte des tâches entre hommes et femmes sont déjà préfigurés, l’enfant ayant tout loisir d’observer le caractère asymétrique des rôles joués par sa mère et son père au sein de la famille, leurs responsabilités différenciées dans le soin et l’éducation. Plus tard, il apprendra que, en matière de fonction sociale, les hommes sont plutôt préposés à la production et à la conquête du monde extérieur, dans un contexte de lutte de pouvoir, les femmes aux relations avec les autres, dans les occupations d’aide et de soin.

L’école, loin de corriger les inégalités sexuées produites dans la famille, contribueà les confirmer, tant par les processus différentiels de socialisation scolaire que par les savoirs transmis et les mécanismes d’orientation qui en découlent.

Jordane est en seconde ELEEC (électrotechnique, énergie, équipements communicants). Sur 26 élèves, elle est la seule fille.
En seconde ASSP (accompagnement, soins, services à la personne), sur 31 élèves, on compte deux garçons dont Ariimato.
Heitiare est en seconde système numérique. Elle est une des trois filles parmi les 28 élèves de la classe.

Mais, pour ce qui concerne le choix des études, secondaires comme supérieures, et de leurs métiers, les filles restent sous représentées dans les filières les plus sélectives – justement les plus porteuses et les plus prestigieuses – et échappent ainsi à certains champs de savoirs et de compétences, qui sont précisément ceux pouvant assurer une bonne réussite sociale et professionnelle.

Le paradoxe de la meilleure réussite scolaire des filles, établie de longue date et jamais démentie, et de leur moins bonne insertion professionnelle ne s’explique pas par d’éventuelles aptitudes intellectuelles mais plutôt par une meilleure conformité au modèle scolaire. L’explication récurrente que les filles « s’orientent mal » est pondérée par l’invocation de la hiérarchisation et du déterminisme des filières scolaires mais aussi par les inégalités sociétales sexuées : celle, matérielle, des charges domestiques, et celle, symbolique, de l’inégale valorisation des activités professionnelles dites masculines et féminines.

Les choix d’orientation sont très sensiblement sexués et l’image de soi fortement impliquée dans la construction des choix scolaires et professionnels. Garçons et filles émettent des jugements de prestiges différents quant aux professions. Les filles valorisent la dimension altruiste, sociale, de l’investissement professionnel, les garçons, la réussite, le salaire, le prestige social. Par ailleurs, les garçons perçoivent les professions féminines comme moins prestigieuses, moins utiles et exigeant moins de responsabilité.
Tout au long de leur parcours scolaire, garçons et filles investissent des filières différentes (et se projettent dans des professions) correspondant à la division sexuée du travail et aux stéréotypes de sexe en vigueur.

Métiers de fille, métiers de garçons ?
Le caractère très sexué des séries de baccalauréat choisies par les lycéen-ne-s a une incidence très forte sur la spécialité des études supérieures dans lesquelles ils/elles s’engagent. Mais également sur l’insertion professionnelle « différentielle » qui en est la résultante. Les jeunes femmes connaissent globalement une insertion professionnelle plus difficile que les jeunes hommes… parce qu’elles ne se préparent pas, scolairement, aux mêmes emplois. Le marché du travail, comme la formation, est sexué et les orientations scolaires des jeunes filles de Polynésie française sont extrêmement perméables aux déterminismes socio économiques du tissu local.

Des enquêtes confirment l’influence des rôles sociaux de sexe sur les projets professionnels des adolescent-e-s. La dimension familiale de l’avenir est beaucoup plus importante et explicite chez les filles où elle entre en compétition avec la dimension professionnelle. Les filles intègrent très tôt le fait qu’elles devront mener de front leur vie professionnelle et leurs responsabilités familiales. Il est de la responsabilité de l’École de ne pas faire sienne cette forme de ségrégation en émancipant au mieux les choix des jeunes des multiples stéréotypes qui brident leur avenir, leur épanouissement personnel et leur contribution à une société moderne.

Contact :
• CIO •Tél : 40.50.87.40 ou direction@cio.ensec.edu.pf

Marama est en 1ère coiffure et c’est le seul garçon d’une classe de 30 élèves.

Les filles et l’école Quelques rappels historiques 1808
1808 – Les filles et les femmes sont interdites dans l’enceinte des lycées.
1880 – Enseignement secondaire laïque pour les filles (Loi Camille Sée) ; les programmes ne comportent ni latin, ni grec, ni philosophie ; les filles ne peuvent ni passer le bac, ni entrer à l’université.
1919 – Création du baccalauréat féminin. 1924 – Uniformisation de l’enseignement secondaire des filles et des garçons.
1938 – Les femmes peuvent s’inscrire à l’université sans l’autorisation de leur mari.
1975 – Obligation de mixité de l’enseignement dans les établissements primaires et secondaires publics.
1989 – La loi d’orientation attribue aux établissements scolaires la mission de favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes par la formation.

Mickaël est en terminale SPVL (service de proximité et vie locale). Il est le seul garçon de sa classe de 14 personnes.

Quelques rappels concernant le travail des femmes…
1907 – Loi autorisant les femmes mariées à disposer de leur salaire.
1940 – Limitation ou interdiction des emplois publics aux femmes mariées.
1945 – La notion de « salaire féminin » est supprimée. « À travail égal, salaire égal » s’inscrit dans la législation française.
1965 – Les femmes mariées peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.
1972/1973 – Égalité de rémunération entre hommes et femmes… dans la loi.
1983 – Loi sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes.
1986 – Circulaire préconisant la féminisation des termes de métiers et grades.

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