Professionnaliser les artisans

LE CENTRE DE FORMATION SOI (STRATÉGIE, ORIENTATION, INSERTION) A REÇU EN AOÛT ET SEPTEMBRE DERNIERS SA TOUTE PREMIÈRE PROMOTION POUR UNE NOUVELLE FORMATION DÉDIÉE AUX MÉTIERS DE L’ARTISANAT. C’EST LE SERVICE DE LA CULTURE ET DE L’ARTISANAT QUI A FAIT APPEL À BRENDA TIHONI, LA GÉRANTE DE SOI, POUR METTRE EN PLACE LE PROGRAMME.

Pour devenir artisans, il faut du savoir-faire, un peu de talent, beaucoup de travail et de l’imagination. Mais il faut aussi savoir s’orienter dans les différents services administratifs, tenir sa comptabilité, réussir à vendre ses produits, etc. Pour y parvenir, dix personnes ont été invitées par le Service de la culture et de l’artisanat à suivre la première formation aux métiers de l’artisanat en août et septembre 2017. Cet enseignement, organisé et créé par Brenda Tihoni et Adelina Hanere, se compose de cours d’histoire, de comptabilité, de langues (anglais et reo Tahiti), de marketing, de sorties découvertes, de projets collectifs, de tables rondes pour réfléchir aux métiers de l’artisanat, d’informatique, de cours sur les institutions et sur la culture… Un large programme qui s’étend sur six semaines et trois jours, soit 190 heures.

« C’est une formation pour les personnes qui veulent travailler dans le domaine de l’artisanat. Certains sont déjà patentés, d’autres sont réunis en association. Nous voulons faire passer l’idée qu’il faut se professionnaliser et inciter les personnes en association à se patenter. C’est la première du genre pour les artisans. C’est une formation très dynamique, on bouge beaucoup », explique Brenda Tihoni. Cette commande a été financée par le Service de l’artisanat, qui pousse les artisans à se patenter, en vue de la professionnalisation du secteur. L’objectif est aussi de valoriser l’artisanat, qui est aujourd’hui « banalisé » selon les termes de Brenda Tihoni et Adelina Hanere. Elles veulent réussir à rendre au travail de l’artisan toute sa valeur en lui redonnant du sens.

Se reconnecter à la nature
Des sorties découvertes visent à relier les participants à la nature et l’histoire de leur pays. « Nous voulons attirer leur attention sur la richesse qui les entoure. Ils ne se rendent pas compte de tous les matériaux qui existent dans la nature et sur lesquels ils peuvent travailler. » Une première sortie s’est déroulée au parc de Paofai. Les stagiaires sont partis sans rien et ont dû ramasser ce qu’ils trouvaient et créer un objet. Un bouquet trône désormais dans la salle où se déroulent certains cours théoriques. « Ils découvrent qu’en plus de leurs connaissances pratiques, il y a tout ce qui existe avant ou après. » Brenda et Adelina aiment revenir au coeur des choses et parler du pandanus, de l’arbre, de sa provenance, de sa culture, avant de passer au tressage. « Nous commençons par le début. Des personnes maîtrisent déjà l’art du pandanus mais on revient en arrière avec elles, nous leur expliquons d’où il vient, comment il pousse… Aller au marché et acheter des rouleaux de pandanus tout prêts, ça ne suffit pas, précise Adelina. Lors de la première sortie découverte, ils se sont rendu compte qu’un cocotier contient beaucoup de richesses. On peut travailler les chapeaux, les paniers, les maisons. C’est une sensibilisation complète. »

Prendre soin des matières premières
Pour Brenda, « il est essentiel de comprendre l’histoire des ressources qu’ils utilisent, des matières premières et savoir combien la nature prodigue tout ce dont ils ont besoin ». Dès la première sortie, certains ont eu une révélation et ne regardent plus les jardins de la même manière. Une approche qui invite par ailleurs à la sauvegarde de cet environnement. Pas question de couper les plantes n’importe comment ou d’abattre un arbre sans en replanter un. Les trésors de la Polynésie doivent être protégées. Il s’agit de « faire attention à tout ce que la nature nous donne. Il y a une façon de couper, de ramasser », explique Brenda. « Nous transmettons ainsi ce que l’on a appris auprès des artisans qui maîtrisent l’art du pandanus. La jeune stagiaire qui sait le tresser avait entendu parler de la technique de coupe du pandanus ; désormais, elle a pris conscience de son importance. C’est une des premières ressources économiques, il faut donc y faire attention », ajoute Adelina. Dans cette optique, le travail de l’artisan prend dès lors une autre dimension.

L’artisanat : un secteur riche
Une autre ambition est aussi de former ces personnes, qui ont déjà un pied dans une production artisanale, à tous les à-côtés : comptabilité, formalités administratives, ventes, marketing, publicités…
« Aujourd’hui on voit beaucoup de ventes directes : c’est le client qui vient et qui demande ce qu’il veut et c’est tout. Cette formation rappelle ce qu’est l’accueil : l’observation, le sourire, l’écoute, l’attention. Les artisans doivent prendre conscience de tous ces détails. Il faut aussi savoir parler de ses produits, les présenter, raconter leur histoire et donner de la valeur à l’artisanat. Il n’y a pas que leur prix qui compte mais aussi leur origine. Il s’agit de revaloriser leur métier. » Il ne faut pas croire que l’artisanat soit un secteur facile, la concurrence est rude et il est important de se démarquer pour réussir à se faire une place. Dans cette formation, les cours de comptabilité et l’initiation à l’administration expliquent les droits et les devoirs du patenté. Des sorties sont organisées au pôle entreprise de la CCISM, au Trésor public, afin que les stagiaires posent directement leurs questions, selon leur situation, aux professionnels.

Le projet au cœur de la formation

C’est en fonction des projets des stagiaires que s’est élaboré le programme de cette formation.. La première promotion est composée de dix personnes issues de tous horizons et aux objectifs personnels différents. Entre les sorties et les cours théoriques, les stagiaires expérimentent des « mises en situation » – l’un endosse le rôle de client, un autre celui de l’artisan – mais sont aussi confrontés à la réalité quand ils tiennent des stands dans les hôtels. « Il ne faut pas qu’ils s’imaginent qu’ils sont à l’école », précise Adelina. Par ailleurs, des tables rondes avec différents intervenants, professionnels ou associations, leur permettent de débattre sur des problématiques concernant leurs métiers. « Malgré les années d’expérience, on ne finit jamais d’apprendre ! »

Où s’adresser ?

SOI (Stratégie Orientation Insertion)

www.tihonibrenda.expert
tb@tupunakultur.com

Service de la culture et de l’artisanat :
artisanat.pf
Tél : 40.54.54.00
secretariat@artisanat.gov.pf

“J’espère mieux comprendre les artisans et l’artisanat.”

« Je suis web développeur à mon compte. J’ai un projet personnel : promouvoir chaque artisan à travers le e-commerce. J’ai commencé à monter ma plateforme Internet, c’est le site itiart.com, mais j’avais du mal à mettre des mots sur les produits, à les présenter pour mieux les vendre. Grâce à la formation, j’espère mieux comprendre l’artisanat et les artisans. Auparavant, quand j’allais les voir, ils se méfiaient de moi, ils avaient peur que je vole leurs idées à travers Internet. Grâce à cette formation, je vais davantage saisir leur travail et je pourrai plus facilement les approcher. J’espère aussi apprendre des choses sur ma propre culture et savoir tresser mes chapeaux. Je connais les bases du tressage mais je ne sais pas confectionner un objet entier. Quant aux langues, je connais déjà bien l’anglais mais je voulais progresser en reo Tahiti. À la fin de la formation, je lancerai officiellement mon site pour promouvoir chaque artisan. C’est le Service de l’artisanat qui m’a proposé de suivre cette formation. »

“Je voulais approfondir mes connaissances.”

« J’ai ma propre société, C’ Tahiti, je confectionne des pareu peints et des robes. Les contours du dessin sont tracés avec de la gutta sur un voile de coton tiré sur un  cadre, puis on remplit les formes à la peinture. J’ai commencé il y a plus de six ans. J’ai décidé de suivre cette formation car je voulais connaître les autres métiers. À force de travailler dans l’artisanat, on découvre d’autres techniques et je voulais approfondir mes connaissances sur celles-ci. Je veux développer mon activité, proposer des accessoires, notamment tout ce qui est vannerie, bijoux et chapeaux. Pendant cette formation, on apprend aussi tout ce qui concerne le marketing, la vente, la compta, les formalités. Ce qui m’intéresse, ce sont aussi les cours de langues : l’anglais et le reo Tahiti. Ça me permet de mettre des mots et une histoire sur mes produits, de pouvoir les présenter aux touristes. On sait ce que l’on fabrique mais après, il faut savoir raconter d’où viennent ces produits, comment ils ont été fabriqués, ce qu’ils représentent… On rencontre aussi beaucoup de gens grâce à cette formation. Les participants ont tous un parcours et une expérience différents, c’est aussi une richesse de cette formation. »

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