RSMA interview du clonel Philippe PAYRÉ

IMPLANTÉ DEPUIS 1989 EN POLYNÉSIE FRANÇAISE, LE RÉGIMENT DU SERVICE MILITAIRE  ADAPTÉ (RSMA) FORME LA JEUNESSE ULTRAMARINE EN DIFFICULTÉ. UN MOT D’ORDRE : LA RÉUSSITE PAR L’EFFORT ET LE TRAVAIL. RENCONTRE AVEC LE COLONEL PHILIPPE PAYRÉ, CHEF DE CORPS DU RSMA-PF.

Quelle est la mission du Régiment de Service Militaire Adapté de Polynésie française ?
Sa mission est d’apporter une réponse complémentaire à d’autres organismes de formation territoriaux et nationaux, en vue de lutter contre l’exclusion à la fois sociale et professionnelle. Notre public cible est composé majoritairement de jeunes qui sont en échec pour des raisons multiples, notamment une inappétence vis-à-vis de l’école et une inadaptation à l’aspect académique. Souvent les profils sociaux sont également une bonne mise en relief des raisons qui les poussent à venir chez nous. La force du régiment, c’est de s’être adapté à la configuration archipélagique de la Polynésie française. À Tahiti, le SMA est présent à Arue. Dans les îles, il est présent à Hiva Oa aux Marquises et à Tubuai dans les Australes. Cela permet de donner une offre de formation à des jeunes qui sont très éloignés géographiquement de l’archipel de la Société.

Combien de jeunes formez-vous par an et dans quels secteurs d’activité ?
Nous accueillons 500 volontaires stagiaires (VS) qui suivent une formation en vue de trouver un emploi. Viennent s’y ajouter 130 volontaires techniciens (VT) qui assument soit des fonctions d’appui au fonctionnement du régiment, soit des fonctions d’encadrement auprès des jeunes stagiaires. Nous formons dans 19 secteurs d’activité, majoritairement des métiers manuels. D’autres filières sont un peu plus techniques : les métiers du froid (climatisation), agents administratifs, agents touristiques et aides à la personne par exemple. En janvier 2017, nous avons ouvert une formation « Spa et Bien-être » qui accueille 14 jeunes. Cette initiative, mise en oeuvre à la suite d’une étude de marché de laquelle est ressorti un véritable besoin des entreprises dans ce secteur d’activité est la résultante du partenariat entre le RSMA et le Pays par le biais du SEFI.

Sur quels critères recrutez-vous les volontaires ?

Le premier critère est le volontariat. D’autres critères rentrent en jeu : être de nationalité française, être âgé de 18 à 25 ans, avoir effectué sa Journée Défense et Citoyenneté (JDC) et être apte médicalement. Pour les volontaires stagiaires, aucun diplôme n’est requis. En revanche, les volontaires techniciens doivent détenir un diplôme professionnel, au minimum un CAP dans la spécialité choisie.

Par qui sont dispensées les formations ? Sur quelle durée ?
Il y a plusieurs types de formations. La « remise à niveau » concerne les jeunes illettrés. Elle est dispensée par des professeurs Polynésiens mis à disposition par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de Polynésie française. La formation professionnelle est dispensée par des engagés volontaires du service militaire adapté (EVSMA). Ces jeunes ont au minimum un CAP ou équivalent. Ils ont suivi une formation spécifique en métropole basée sur une remise à niveau militaire et en pédagogie. Les jeunes qui n’ont aucun diplôme sont formés pendant dix à douze mois. Ceux qui détiennent déjà une qualification restent au régiment six mois. La formation peut durer jusqu’à 24 mois pour les jeunes qui sont le plus en difficulté.

Quel type de cursus dispensez-vous au sein du RSMA ?
Des cursus qui ne sont pas diplômants. Le SMA ne délivre pas de CAP. Certaines formations débouchent sur un certificat de qualification professionnelle (CQP) qui donne accès à une carte professionnelle. Les jeunes dont les résultats au test d’alcoolémie et au test de dépistage des drogues sont négatifs ont la possibilité de passer le permis de conduire B. Tous suivent une formation de prévention et secours civique de niveau 1 (PSC1).

Le RSMA détient un haut score d’insertion professionnelle en Polynésie française. Quelle est la clé de cette réussite ?
La clé de la réussite, c’est la formation humaine. C’est l’adaptation de méthodes militaires à une mission d’insertion professionnelle. Concrètement, c’est par le biais d’un commandement ferme mais bienveillant. Grâce à une véritable attention de tous les jours, une sanction positive ou négative qui les responsabilise, les jeunes se rendent compte qu’ils savent faire des choses et reprennent confiance en eux. Les adjudants et adjudants-chefs sont responsables de l’insertion de ces jeunes. Ils font du porte à porte auprès des entreprises pour insérer les volontaires stagiaires. Notre avantage « commercial », c’est notre grande souplesse d’adaptation aux besoins des employeurs. Souvent les jeunes sont embauchés avant même la fin de la formation. En 2015, on était à 80,5% d’insertion professionnelle. Les chiffres de 2016 devraient être aussi satisfaisants.

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