Travailler pour la mer en restant à terre !

Voici la deuxième partie du dossier consacré aux métiers de la mer.
Après s’être intéressé au tourisme, à l’aquaculture et à la pêche, zoom sur les services, la construction et réparation navale, la sécurité, le port et l’industrie.

Le port de Papeete s’est développé dès la première moitié du XVIIIe siècle. La rade est abritée des vents et des courants, l’endroit idéal pour accueillir les bateaux. Le commerces fleurissent et le port devient une escale importante, fréquentée par les baleiniers et les goélettes. Les équipements en bois sont petit à petit remplacés par de la maçonnerie et les infrastructures se déploient pendant plus de cent cinquante ans.
À la fin du XIXe siècle, le quai des paquebots est construit en plein centreville, une dizaine d’armateurs assurent le transport des marchandises et des passagers entre Tahiti et les îles. Une liaison régulière avec l’Europe est mise en place, via le canal de Panama. Le quai des paquebots est agrandi, une cale de halage installée à Fare Ute, ainsi qu’un service d’appontement pétrolier.
L’arrivée du Centre d’expérimentation du Pacifique bouleverse encore la vie économique et les infrastructures portuaires : extension de la base navale, construction de la digue de protection sur le récif, remblaiement de l’îlot de Motu Uta et du quai au long cours. Le nouveau port est inauguré le 29 juin 1966. Dans les années 2000, l’essor se poursuit pour s’adapter aux besoins des croisières, de la plaisance, de la pêche ainsi que du commerce international et inter-îles. Les infrastructures se modernisent, suivant les évolutions des réglementations internationales et les grands projets de la Polynésie française.
Aujourd’hui encore l’Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) ne cesse de s’étoffer afin de rester un outil moderne et performant. On y trouve une multitude d’activités et donc de métiers possibles. Capitaine de port (plaisance, commerce…) et officier de port sont dans la liste des « besoins immédiats » relevés par le Cluster maritime.

Les métiers de la mer sont à l’image de l’histoire du Port autonome : sans cesse en évolution, surtout en Polynésie française où l’économie bleue est devenue un axe prioritaire de développement. Elle touche tous les secteurs : transports, tourisme, industrie, commerce, environnement…
La construction navale est aujourd’hui en pleine croissance. Les commandes de bateaux ne désemplissent pas et l’expertise des Polynésiens se professionnalise d’année en année. Plusieurs thoniers sont d’ailleurs en construction chez Nautisport Industries. Ces géants de métal sont particulièrement impressionnants quand on passe sous leur coque. Une fois sur l’eau, ils partiront pour des campagnes plus ou moins longues et ramèneront des calles chargées de poissons, toujours pêchés de manière durable : à la palangre et jamais au filet. Dans ces ateliers, on manque de main-d’oeuvre ! Ingénieur en construction navale, technicien électricité, chef de projet (construction navale), technicien chaudronnerie-tôlerie, mécanicien frigoriste, technicien soudure, sont les quelques emplois listés dans les besoins à court, moyen ou long terme par le Cluster maritime. Pour relever les enjeux environnementaux et notamment préserver les écosystèmes, le secteur a aussi besoin d’experts. En Polynésie française, il est possible de travailler avec la mer tout en restant à terre !

Les grands projets du pays liés à la mer

Plusieurs grands projets menés par le Pays concernent l’économie bleue : la grande aire marine gérée Te Tai Nui Atea, la pose des câbles sous-marins, le SWAC de l’hôpital, la ferme aquacole de Hao, le doublement des capacités de pêches polynésiennes, le pôle d’innovation maritime de Faratea, l’évolution de l’actuel Centre des métiers de la mer en un établissement plus important, avec une envergure et des capacités de formation bien plus conséquentes.

La Polynésie mise sur l’économie bleue car c’est ici que se trouvent ses ressources propres : « Malgré l’omniprésence de l’océan, le poids de l’économie bleue est encore restreint. Hors tourisme, l’économie maritime génère un chiffre d’affaires estimé à_ 7 % du chiffre d’affaires global et concentre 4 850 emplois déclarés, soit 7 % des emplois. Bien que ces chiffres ne concernent que le transport maritime, les activités navales et portuaires, la filière pêche et la filière perle, ils sont sous-estimés compte tenu de la complexité du suivi et des filières et projets qui existent dans toutes les îles de Polynésie française. Le Pays veut donc miser sur la valorisation durable de ses ressources propres », explique Teva Rohfritsch, le vice-président, ministre de l’Économie et des Finances, en charge des grands travaux de l’économie bleue. 

Le Cluster maritime de Polynésie française espère également voir le nombre, l’envergure et la gestion des ouvrages maritimes sur les différents archipels se développer. « Les îles polynésiennes ne se développeront pas si elles n’ont pas une infrastructure portuaire adéquate. Si nous voulons faire un aéroport aux îles Marquises, il faudra avant tout avoir un port.

L’impact du changement climatique sur l’économie bleue
Selon Teva Rohfritsch, vice-président, ministre de l’Économie et des Finances, en charge des grands travaux et de l’économie bleue, le changement climatique impactera l’économie bleue.
« Le changement climatique aura un impact sur toute notre économie en général. L’économie bleue repose avant tout sur la santé des écosystèmes et notamment celle du corail. L’augmentation de la température et l’acidité auront potentiellement des effets néfastes sur sa survie et celle des animaux qui y vivent, et notamment des poissons. L’augmentation du niveau de la mer pose également des problèmes en ter mes d’aménagement et d’accès à l’eau, sans parler des risques cycloniques accrus. Il semblerait que la Polynésie française serait moins impactée par c es effets que d’autres régions du Pacifique. Mais cela reste un enjeu majeur. N’oublions pas également que notre première ressource à l’export, pour près de 8 milliards, reste la perliculture. Et toute cette filière repose sur la croissance et la survie d’un simple coquillage qui, par son caractère vivant, est donc très fragile et sensible aux variations des paramètres de son environnement lagonaire. Donc oui, le changement climatique aura un impact indéniable sur l’économie bleue. »

« On ne peut pas développer une économie bleue si les hommes ne s’y intéressent pas » explique Gérard Siu.

Quand le Centre d’expérimentation du Pacifique s’est installé en Polynésie française, ils ont commencé par construire un port, c’est ce qui a permis le développement », rappelle Gérard Siu, le président du Cluster maritime de la Polynésie française. Le port de Papeete doit également se moderniser et se projeter sur les 40 à 50 prochaines années. Aujourd’hui, l’infrastructure portuaire est « un frein au développement » car elle ne peut accueillir des bateaux de moyenne gamme.
Pour Gérard Siu, « il est nécessaire que le port se modernise, qu’il devienne un port intelligent. C’est le point d’entrée pour toute l’importation : l’énergie, les matériaux de construction, l’alimentation, les biens de consommation… tout passe par là. C’est de ce port que partent ensuite tous les bateaux vers les îles. La base du développement, c’est l’infrastructure portuaire. »

D’autres enjeux doivent faire partie des grands projets pour le Cluster : la gestion des espaces maritimes, littoraux et lagonaires, qui sont de plus en plus fréquentés ; la gestion du transport maritime de passagers, urbain et côtier, inter et intra-archipels ; l’arrivée des nouvelles technologies et toutes les filières d’innovation qui constituent de nouvelles filières économiques à fort potentiel ; et enfin la surveillance et la protection de l’environnement où la Polynésie doit réussir à être exemplaire.

Les métiers de l’économie maritime (service, construction et réparation navales, environnement, port, industrie…)

• Besoin immédiat :
– Capitaine 200, 500, 3000…
– Officier mécanicien
– Avocat et juriste maritime
– Ingénieur en construction navale
– Technicien électricité
– Administrateur affaires maritimes
– Capitaine de port (plaisance, commerce…)
– Officier de port
– Enseignant formation professionnelle

• Besoin à court terme :

– Gestionnaire d’espaces maritimes gérés
– Marin polyvalent
– Mécanicien
– Expert maritime
– Chef de projet (construction navale)
– Technicien chaudronnerie-tôlerie
– Technicien études
– Gestionnaire de marina

• Besoin à moyen terme :

– Garde littoral
– Mécanicien frigoriste

« Redonner du prestige aux métiers de la mer »

Gérard SIU, président du Cluster maritime

Quels sont les métiers d’avenir du secteur maritime ?
Il y a des métiers d’avenir dans les secteurs primaire, secondaire ou tertiaire. Que ce soit l’innovation comme la technologie des objets connectés pour connaître la qualité de l’eau, le déplacement des espèces pour la pêche, optimiser la croissance dans les élevages aquacoles ; ou le développement de la production locale pour favoriser les circuits cours ; ou encore l’installation de câbles sousmarins ou de technologies comme le SWAC… Un des premiers forums que le Cluster maritime a organisé a concerné la formation car on ne peut pas développer une économie bleue si les hommes ne s’y intéressent pas. On a un capital espace mais il faut un capital humain capable de le mettre en valeur.

Justement, quelle est la situation concernant la formation
pour les métiers de la mer ?

Nous attendons la mise en place du lycée de la mer. Les autres collectivités de l’Outre-mer réclament la même chose : aucune île n’a de lycée de la mer, excepté la Martinique. La Polynésie s’est saisie de l’enjeu et c’est une des priorités du gouvernement. Dans ce lycée, il y aura une filière de formation initiale et une filière de formation continue. Nous voulons que les étudiants, quelle que soit leur orientation, suivent un tronc commun. Quand on veut travailler sur l’eau, il faut connaître son environnement. Que l’on veuille devenir soudeur marin, plongeur, aquaculteur… il faut comprendre les dangers de la mer, la fragilité de cet environnement, la météo, et comment le développer économiquement sans le détruire. Ce tronc commun permettra d’avoir une connaissance de base du milieu marin. 

Quelles études pourront suivre les lycéens après avoir
obtenu leur Bac ?

Nous voulons qu’ils puissent continuer leurs études à l’université ou dans des grandes écoles. La Polynésie peut être un réservoir d’opportunités importantes. Aujourd’hui, on retrouve des jeunes qui ont choisi les parcours commerciaux ou techniques liés à la mer par défaut : ils vont dans la branche nautique parce qu’ils n’ont pas réussi dans celle des sciences ou de la littérature. C’est la seconde voie. Nous voulons que ces métiers retrouvent leur prestige. Nous voulons qu’ils soient valorisés et que des jeunes élèves talentueux s’y intéressent.

Ce sont des métiers exigeants, minutieux, précis, il y
a un réel savoir-faire…

La mer est exigeante. Quand on est sur terre et que l’on tombe en panne, on demande à quelqu’un de venir nous chercher et on repart. Quand on navigue en mer, on peut disparaître. Les risques ne sont pas les mêmes.


Le poids de l’économie bleue en chiffres :

• 60 milliards de Fcfp de chiffres d’affaires
• 40% des ressources propres de la Polynésie
• 75% des exportations en valeurs
• 5 000 emplois ETP
• 4 500 pêcheurs côtiers
• 1,3 milliard de Fcfp de recettes à l’export de la pêche polynésienne (en 2017)

(Chiffres du Cluster maritime)

Sur le port : de nombreux métiers possibles

Sans le Port autonome de Papeete, pas de développement de la ville, ni de Tahiti. Véritable poumon économique, une multitude d’activités et de services participent à son bon fonctionnement.

Une multitude de services et de sociétés assurent le bon fonctionnement du Port autonome. La capitainerie contrôle quotidiennement les entrées et sorties de navires, la désignation des postes à quai, assure la régulation du trafic maritime 24h/24. La police du port surveille le domaine portuaire maritime et terrestre, notamment la zone sous douane où transitent les marchandises. Des activités de réparation et de maintenance navales sont développées à la cale de halage située à Fare Ute, mise en service en 1951, ainsi que sur le dock flottant de la Marine nationale. La station de pilotage Te Ara Tai gère l’ensemble des opérations de pilotage maritime du port, une obligation pour les navires de plus de 60 mètres. Une flotte de quatre remorqueurs, pilotés par des marins du port, est à disposition pour les navires de plus de 3 000 m2. L’entreprise SOLIS est chargée du lamanage, une activité qui consiste à prendre les amarres à bord des navires qui accostent pour les porter à terre et les capeler sur les points d’amarrage prévus, ou bien, à larguer les amarres des navires lorsqu’ils appareillent. La douane, service de l’État mis à la disposition du Port, assure le paiement des droits et des taxes, la sécurité en mer, la surveillance et le contrôle. Trois compagnies d’acconage gèrent les opérations de manutention, de chargement et de débarquement des marchandises des navires. Le département de la protection des végétaux se charge de la biosécurité végétale aux frontières internationales et entre les îles. La direction polynésienne des affaires maritimes gère la réglementation du domaine maritime.

Assurer le lien avec le monde
Port d’attache mais aussi escale, le Port autonome fait le lien avec les îles et avec le reste du monde. Deux grands épis dans la rade de Papeete peuvent accueillir quatre paquebots de croisière simultanément. L’établissement est aussi l’unique port international de la Polynésie française : 90% des marchandises importées y transitent et des milliers de tonnes repartent vers les îles grâce à une cinquantaine de navires. Navires de commerce, porte-conteneurs, cargos mais aussi pétroliers et gaziers y accostent régulièrement. Le Port autonome fonctionne grâce à de nombreuses activités et services, qui sont autant de métiers possibles : agent portuaire, armateur, avitailleur de navires, contrôleur des affaires maritimes, déclarant en douane, docker, douanier, entreprises de manutention, expert maritime, lamaneur, lieutenant de pont, officier de port, opérateur de sûreté portuaire et de navires, pilote maritime, surveillant de port, transitaire… Impossible de citer la liste entière des métiers composant les activités et les services du Port autonome de Papeete. Tous les acteurs doivent travailler ensemble afin d’assurer la fluidité, la sécurité et la continuité du trafic. En 2016, plus de 360 bateaux de différentes tailles ont circulé dans la rade de Papeete. Sans un port moderne et fonctionnel, Tahiti et les îles ne peuvent se développer.

Quelques chiffres :
• 1,64 million de passagers entre Tahiti et Moorea
• 197 cargos, méthaniers ou tankers
• 113 navires de pêche
• 33 navires de croisière
• 21 navires de plaisance
(Chiffres de l’année 2016 du Port autonome)
(Le Port autonome n’ayant pas répondu favorablement à notre demande d’information, ces données sont issues de www.portdepapeete.pf)

Construction navale : un secteur en plein boum

Petite visite chez Nautisport Industries (NSI), une entreprise de construction navale et de charpente métallique, basée à Taravao. Actuellement trois thoniers y sont en construction et deux autres en commande. Le secteur marche fort et l’entreprise manque de main-d’oeuvre.

« Je suis architecte naval et directeur de construction navale : j’ai en charge la prospection clients, le suivi des commandes, la fabrication des bateaux et la livraison. Chez Nautisport Industries, nous construisons toutes sortes de bateaux en aluminium : poti marara, bateaux de pêche, bateaux de plaisance, des voiliers, des thoniers…
Il y a beaucoup de travail. Il y a toujours eu un marché pour les bateaux de moins de 15 mètres, c’est-à-dire des petits bateaux privés, des bateaux d’excursions nautiques (plongée, hôtels…), la nouveauté est la reprise de la construction de thoniers. Aujourd’hui, nous sommes dans la courbe inverse : nous n’avons pas les moyens de répondre immédiatement à la demande. Nous avons vingt-quatre mois de délais.
Mes journées commencent par la lecture de mes mails.
Je réponds aux questions des clients, des fournisseurs ou des architectes navals avec qui on travaille. Je dessine les bateaux jusqu’à 50 pieds ; au-dessus, c’est un cabinet d’architectes navals de Métropole, avec qui on travaille depuis vingt ans, qui s’en occupe. Le gros avantage de travailler en Polynésie est qu’on fabrique pendant la journée et nos sous-traitants travaillent pendant la nuit, ça ne
s’arrête jamais. Ensuite je fais le tour de l’atelier. Puis l’après-midi, je développe les nouveaux bateaux, les différentes pièces, sur des logiciels en 3D. Avec mes deux dessinateurs, nous devons fournir l’atelier en plans de fabrication, à partir desquels les pièces sont découpées à la machine plasma, puis mises en forme et assemblées. Les difficultés sont de réussir à coordonner l’ensemble des intervenants. Il faut garder l’esprit clair sur six ou sept
bateaux en fabrication en même temps, penser aux plannings, répartir les tâches, commander les pièces en prenant en compte les délais. Il faut réussir à imaginer tout ce dont on aura besoin avant d’avoir toutes les données et sans se tromper, pour réussir à livrer en temps et en heure. On fait des bateaux sur mesure, les dessins sont refaits pour chaque bateau. On a à coeur de les améliorer à chaque fois. J’aime ce métier car il a une valeur ajoutée
énorme : au départ, il n’y a rien et puis à la fin, nous avons un bateau qui va pêcher pendant trente ou quarante ans, et qui va permettre le développement d’une économie. On est créatif : on part d’une feuille blanche pour avoir du poisson dans l’assiette ! Et quand un client nous serre dans ses bras en pleurant lorsqu’on lui donne la clef de son bateau… c’est beaucoup d’investissements mais il y a un retour énorme. C’est pour ça que je fais ce métierlà. Je ne ferai jamais autre chose ! »

« Construire un bateau est quelque chose d’extraordinaire »

« Je suis responsable de la découpe chez NSI. Je m’occupe du découpage des plaques aluminium. Rémy Héquet, le directeur de construction navale, m’envoie les plans sur ordinateur puis je programme la machine à découpage numérique et je gère la mise en place des tôles. Une fois découpées, elles partent à l’atelier pour être montées. C’est comme un gigantesque puzzle.
J’étais au lycée de Taravao, j’ai passé un Bac pro en maintenance nautique. Les bateaux m’ont tout de suite intéressé. J’aime la mer et je vais souvent pêcher, j’ai toujours eu envie de travailler dans ce secteur. Pendant mes stages, j’ai fait un peu de résine, construction de bateaux en polyester, j’ai travaillé chez Nautisport SAV, sur la base navale… Je suis chez NSI depuis quatre ans et cela fait deux ans que je suis responsable de la découpe. J’ai commencé par être polyvalent, puis le patron est venu me proposer cette place pour gérer la machine et j’ai accepté. Ce n’était pas mon domaine donc au début c’était compliqué mais c’est un poste qui est très intéressant car sur le territoire il n’existe pas beaucoup de machines comme celle-là. Je suis le seul dans l’entreprise qui connait bien la machine donc sans moi, la construction des bateaux n’est pas possible ! J’occupe un poste important et j’apprends tous les jours. Travailler dans la mécanique ou la construction navale est une bonne opportunité pour tous ceux qui s’intéressent à la mer. Quand on voit les bateaux finis qui partent à la mer, on se sent heureux. On a construit quelque chose d’extraordinaire. Ça donne envie de continuer ! »

« J’ai appris sur le tas »

« Je suis chez NSI depuis plus de vingt-cinq ans. J’ai commencé à l’âge de vingt et un ans chez Nautisport mais j’avais déjà travaillé dans d’autres sociétés de construction navale avant d’arriver ici. Des connaissances m’ont fait rentrer dans ces entreprises, j’ai aimé ce métier et j’ai continué. Je suis tombé dedans ! Au bout de quatre ans chez Nautisport, je suis devenu chef d’atelier, poste que j’occupe toujours aujourd’hui. J’ai tout fait : la soudure, la peinture, le montage des moteurs, la mise à l’eau des bateaux… J’ai appris sur le tas, je n’ai pas suivi de formations particulières. Aujourd’hui, je gère une équipe de 22 personnes. J’aime travailler de mes mains, créer des nouvelles choses, inventer… Quand je vois les bateaux partir à la mer, c’est l’habitude ! La construction des grands bateaux est particulièrement longue, ça peut durer plus d’un an et j’ai parfois hâte qu’on le finisse ! Mais c’est une fierté de construire ce genre de bateaux. C’est un travail précis, ce sont des bateaux qui vont en haute mer, il ne faut pas faire n’importe quoi. Il y a beaucoup de travail et aujourd’hui c’est dur de trouver des personnes qui ont vraiment envie de travailler dans ce secteur. On a besoin de personnes réellement intéressées. »

Sauvetage en mer : professionnaliser les polynésiens

La Fédération d’entraide polynésienne de sauvetage en mer est peu connue mais est pourtant indispensable. Ses membres, tous bénévoles, interviennent en moyenne sur une vingtaine d’opérations de sauvetage chaque année, sous la coordination du JRCC.

La Fédération d’entraide polynésienne de sauvetage en mer (FEPSM) existe depuis 2002 où le comité interministériel de la mer a acté le principe de la création d’une société nationale de sauvetage en mer (SNSM) en Polynésie française. Objectif : intervenir dans le sauvetage des vies humaines en mer. Aujourd’hui, 16 stations de sauvetage, gérées par des associations membres de la FEPSM, sont réparties dans toute la Polynésie, excepté aux Australes, et 13 stations VHF sont chargées de veiller aux appels au secours. Les secouristes de la FEPSM sont tous bénévoles, la plupart sont des marins-pêcheurs professionnels qui mettent à disposition leur embarcation quand c’est nécessaire. « La FEPSM regroupe des acteurs opérationnels du sauvetage avec des moyens privés », résume Vetearii Flohr, le président de la FEPSM depuis 2018. Le Pays a également mis à sa disposition deux vedettes, rénovées grâce à des subventions de l’État, basées à Faa’a et à Hiva Oa aux Marquises.

C’est le JRCC, le Joint Rescue Coordination Centre, qui dirige toutes les opérations de recherche et de sauvetage aéronautiques et maritimes et fait appel aux moyens, publics ou privés, présents et disponibles sur la zone, ainsi qu’aux bénévoles de la FEPSM. Ceux-ci interviennent seulement sous l’égide du JRCC et jamais de leur propre chef. Des exercices sont organisés chaque année pour préparer les bénévoles de la FEPSM aux éventuelles interventions. « Si ces personnes ont été formées pour leur métier de marins-pêcheurs, ils ne l’ont pas été au sauvetage en mer spécifiquement. Un des objectifs de la Fédération est d’organiser des sessions de formation pour professionnaliser nos sauveteurs. » En Polynésie française, « tout est à inventer », explique Vetearii Flohr. Aucune formation spécifique n’existe encore pour le sauvetage en mer.

La FEPSM compte une moyenne d’une vingtaine d’interventions par an. La dernière (au moment de l’interview) s’est déroulée à Nukutavake, dans les Tuamotu. « Si nous n’étions pas présents là-bas, il aurait fallu déclencher l’avion pour des recherches et peut-être l’hélicoptère pour un hélitreuillage. Les bénévoles de la FEPSM ont pu partir tout de suite à la recherche de la victime qui s’était perdue et l’ont retrouvée. » La Fédération peut faire du remorquage, de la recherche et du sauvetage. Elle vend également à prix coûtant des balises GPS, indispensables à qui veut prendre la mer. La Fédération a deux grands projets : réussir à mettre en place des formations spécifiques au sauvetage en mer et obtenir une vedette de sauvetage et d’assistance médicale pour les Marquises qui permettrait de prendre en charge le transport sanitaire. Le sauvetage en mer se professionnalise et se perfectionne mais la FEPSM manque de moyens et d’hommes.

Contact :
Facebook : FEPSM – Les Sauveteurs en Mer de Polynésie

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