Les maisons familiales rurales : l’école de la deuxième chance

LES MAISONS FAMILIALES RURALES (MFR) ONT ÉTÉ CRÉÉES EN FRANCE DANS LES ANNÉES 1930. ROGER DOOM ET MICHEL LEHARTEL ONT IMPLANTÉ LE MOUVEMENT EN POLYNÉSIE FRANÇAISE EN 1980. LES MFR OFFRENT UNE AUTRE POSSIBILITÉ DE SE FORMER POUR DES ENFANTS DÉSCOLARISÉS. LEUR SYSTÈME PÉDAGOGIQUE REPOSE SUR L’ALTERNANCE, POUR ESSAYER DE REDONNER LE GOÛT D’APPRENDRE.

Les Maisons familiales rurales sont l’école de la deuxième chance, assure Temauri Foster qui préside le comité polynésien des MFR. « Beaucoup d’enfants sont en perdition, ils n’aiment pas l’école classique et ne s’en sortent pas. Ils ont besoin d’aide. Nous leur donnons une deuxième chance avec cette possibilité de suivre une formation différente. » Dès la 5e, les élèves peuvent intégrer une MFR, en passant par la classe de soutien. Une année d’adaptation qui permet de savoir si l’école convient ou non car, dès cette première année, la formation est en alternance.

L’enfant va passer une semaine en cours et en internat et deux semaines en entreprise tout au long de son cursus. Cette nouvelle pédagogie a d’abord été décriée au moment de sa mise en place en France ; aujourd’hui, elle est encouragée. « Il s’agit de redonner goût à la formation grâce à la pratique. Nous transmettons les savoir-faire et nous les poussons à aller au-delà de la simple maîtrise agricole. » Si les élèves s’en sortent bien, ils peuvent réintégrer un cursus général, « jusqu’à devenir ingénieur agronome », affirme Temauri Foster. Cette pédagogie de l’alternance privilégie les expériences et la réflexion sur le vécu en stage.

Une formation ajustée au fenua
Le comité polynésien fédère les huit MFR existantes en Polynésie française : deux sont à Vairao, deux à Papara, une à Huahine, une à Taha’a, une à Hao et une à Rurutu pour les Australes. Cette présence dans les îles est très importante pour permettre à certains jeunes qui ne souhaitent ou ne peuvent pas partir, de suivre une formation et de pouvoir s’insérer dans la vie active avec un diplôme en poche. Une fois passé le brevet, les élèves peuvent continuer sur deux formations : le Certificat d’aptitude professionnelle agricole, spécialité agriculture des régions chaudes ou le Certificat d’aptitude professionnelle agricole, spécialité services aux personnes et vente en espace rural. « Roger Doom et Michel Lehartel, qui ont lancé le mouvement MFR en Polynésie française, considéraient  que le fenua était une terre agricole et que nos jeunes devaient être formés sur les ressources primaires », explique Temauri Foster. La pratique mais également les cours théoriques sont basés sur les besoins réels de la Polynésie française. La culture de la vanille, celle du taro mais aussi l’apiculture y sont enseignées.

Une offre qui s’ouvre aux adultes

Grande nouveauté pour les MFR, depuis 2016, des formations pour adultes sont instaurées dans le cadre des CAE rénovés. Ces dispositifs peuvent être suivis de l’« insertion création à la relance d’activité » ou l’ICRA, qui propose un accompagnement pour la création de sa propre entreprise. « Auparavant, les MFR n’étaient pas du tout concernées par la formation adulte, puis elles sont passées sous la tutelle de la ministre du Travail et de la Formation professionnelle. Tea Frogier nous a alors proposé de mettre en place ces dispositifs. Il y a un lien évident avec la formation initiale donnée aux  enfants et ces formations pour adultes. Ces dispositifs convenaient donc parfaitement. Il y a désormais une continuité », explique Temauri Foster.
Même les adultes ont droit à l’école de la deuxième chance.

Quelques chiffres
• Les MFR forment 480 jeunes par an.
• Pour l’année scolaire 2016-2017, le taux de réussite aux examens du CAPA a été de 65,47 %.
• Le taux d’insertion oscillait entre 17 et 22 % pour l’année 2014.

L'équipe pédagogique s'appuie sur une approche qui a fait ses preuves : l'alternance privilégiant les expériences et la réflexion sur le vécu en stage.

Les différentes formations proposées

• La classe de soutien
La classe de soutien ou de remise à niveau permet aux jeunes Polynésiens n’ayant pas le niveau de suivre une formation en MFR avant d’intégrer la classe de 4e de l’enseignement agricole. La formation dure un an avec des sessions d’une semaine de cours et deux semaines de stage. Les évaluations sont réalisées tout au long de l’année, il n’y a pas d’examen final.
Conditions d’admission : avoir effectué une classe de 6e et être âgé de 13 ans.

• 4e et 3e de l’enseignement agricole

Ces classes ont pour objectif de développer le projet professionnel de l’élève et préparent aux passages
du diplôme national du brevet des collèges, du certificat de formation générale, du brevet informatique et
internet et à l’entrée dans les filières professionnelles (CAP, BEP, Bac pro…). La formation est en alternance :
une semaine de cours et deux semaines de stage. Des évaluations ont lieu tout au long de l’année.
Conditions d’admission : avoir effectué une classe de 5e ou la classe de soutien MFR et être âgé de 14 ans.

• Certificat d’aptitude professionnelle agricole, spécialité agriculture des régions chaudes

Le CAPA, spécialité agriculture des régions chaudes, forme des ouvriers qualifiés pour exercer dans les exploitations agricoles que ce soit dans les productions animales ou végétales. La formation est en alternance : une semaine de cours et deux semaines de stage. Après l’obtention du CAPA, les élèves ont la possibilité de continuer leur formation vers un bac professionnel au lycée agricole d’Opunohu ou au lycée Saint-Joseph. Ils peuvent aussi réintégrer un cursus général ou s’insérer dans la vie active. Conditions d’admission : avoir effectué une classe de 3e générale ou professionnelle.

• Certificat d’aptitude professionnelle agricole, spécialité services aux personnes et vente en espace rural
Le CAPA, spécialité services aux personnes et vente en espace rural, permet d’obtenir une première qualification professionnelle et une compétence dans les domaines du service à la personne, de l’accueil et de la vente. La formation est en alternance : une semaine de cours et deux semaines de stage. Après l’obtention du CAPA, les élèves ont les mêmes possibilités de continuer leur formation que ceux du CAPA spécialité agriculture.
Conditions d’admission : avoir effectué une classe de 3e générale ou professionnelle.

Nouveautés
Des formations sont également données dans le cadre de CAE rénovés en apiculture, services, pêche et agriculture : une formation RAPA (réactivation des acquis et perfectionnement des aptitudes avec l’obtention du brevet des collèges), d’une durée d’un an ; une formation RAPA-CAPA UC qui vise l’obtention d’un diplôme de niveau V et se déroule sur deux ans. Il est ensuite possible de bénéficier de l’ICRA (l’insertion création à la relance d’activité), qui permet d’être accompagné vers la création de sa propre entreprise. Ces dispositifs ont été mis en place en 2016.

Une histoire qui a commencé en 1935
Les Maisons familiales rurales sont nées d’une initiative de quelques agriculteurs  syndicalistes du Lot-et-Garonne, dans le sudouest de la France. Nous sommes en 1935. Le système scolaire classique de l’époque ne répond pas aux besoins de leurs métiers. Ils inventent donc une formation adaptée qui connaît rapidement un vrai succès. Deux années plus tard, plusieurs familles motivées se réunissent en assemblée générale et achètent un bâtiment pour y installer leur école. Elles se groupent en association et  embauchent un formateur : la première Maison familiale est née. Après la Seconde Guerre mondiale, à la libération, l’association bénéficie d’une reconnaissance et d’une subvention du ministère de l’Agriculture. En 1942, l’Union nationale des Maisons familiales rurales est créée. En 1945, les Maisons familiales affirment leur indépendance vis-à-vis de l’État et de l’Église, seules les familles constituent le socle du mouvement. Ce sont elles qui sont responsables à tout point de vue.
Dans les années 1950, une nouvelle forme de pédagogie est mise en place : l’alternance. À cette époque, cette pédagogie est ignorée et décriée. Mais les lois de 1984 sur l’enseignement agricole finissent par reconnaître leurs choix associatifs et pédagogiques. Les Maisons familiales rurales vont d’abord se développer dans le monde paysan puis dans l’artisanat, le commerce, les services à la personne… « La caractéristique principale des Maisons familiales rurales est d’être à la fois un mouvement associatif familial ancré dans les territoires et dans le tissu social, économique et culturel et à la fois un mouvement éducatif. Dans un contexte différent, le mouvement poursuit les mêmes orientations des parents qui se sont associés pour créer la première Maison familiale : impliquer les familles dans l’éducation de leurs fils ou de leurs filles, travailler en partenariat avec des professionnels pour répondre à l’évolution des métiers, donner une formation à chaque jeune, favoriser son insertion sociale et professionnelle, participer au développement des territoires. »
Aujourd’hui le mouvement MFR de France s’est étendu à d’autres continents. On compte plus de 1 000 associations réparties dans 40 pays différents.
(Source : mfr.asso.fr)

Le salon de l'agriculture est parfois l'occasion du déplacement d'une délégation polynésienne des MFR (ici à l'Assemblée nationale).

Où s’adresser ?

La Maison familiale rurale :
• de Vairao, section filles : 40.57.78.77 ou mfrfilles.vairao@mail.pf.
• de Vairao, section garçons : 40.57.18.25 ou mfrvairao.g@mail.pf.
• de Papara, section filles : 40.57.58.56 ou mfrpaparaf@mail.pf.
• de Papara, section garçons : 40.57.44.59 ou mfrpaparag@mail.pf.
• d’éducation et d’orientation de Huahine : 40.68.76.13 ou mfrhuahine@gmail.com.
• de Taha’a : 40.67.60.82 ou mfrtahaa@gmail.com.
• de Hao : 40.97.05.80 ou mfrhao@mail.pf.
• des Australes, située à Rurutu : 40.94.06.79 ou mfr.rurutu@gmail.com.
Le comité polynésien des Maisons familiales rurales : 40.58.27.00 ou mfrcp@mail.pf.

Roger Doom à l'initiative de l'implantation des MFR sur le fenua dans les années 1980.

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